Valeurs actuelles (pas factuelles)

 

Réfuter pour mieux insinuer… L’hebdomadaire Valeurs actuelles consacre cette semaine une « enquête » sur Notre-Dame de Paris, qualifiée d’« impossible » et évoquant « les derniers mystères de l’incendie du siècle ». Pas moins !

 

À ce jour, aucun élément n’accrédite une thèse criminelle voire terroriste à propos du sinistre du 15 avril. Mais comme les enquêtes officielles ne sont pas achevées, rien n’interdit de les suggérer de la pire façon : benoîtement.

 

« Si la pierre pouvait parler… » titre-t-il dans son premier article. Les points de suspension autorisent toutes les hypothèses. « Le pays entier [!] se perd en suppositions. Certains sont persuadés que c’est criminel, les autorités répètent que c’est accidentel. La réalité, c’est que personne n’en sait encore rien. » Opposer une vérité officielle à la perception des Français (tous s’interrogent) est une vieille tactique destinée à discréditer la première.

 

Poursuivons. « Reste une question : pourquoi la mythique “brigade criminelle“ est-elle impliquée dans l’enquête puisque toutes les autorités se sont acharnées à écarter cette piste dès la première minute ? »

 

Ah, ce “toutes“ qui laisse à voir une organisation planifiée. Joliment vicieux. Et elles ne se contentent pas d’écarter, non, elles s’acharnent à écarter.

 

Mais, c’est vrai, pourquoi ? Le bien-pensant journal dégonfle lui-même toute projet machiavélique : « Parce que la brigade intervient dans différents cas : pour les homicides, les enlèvements avec demande rançon, les crimes, les attentats et les “affaires réservées“ — c’est-à-dire les affaires sensibles et médiatiques ».

Et l’Incendie en est une. La baudruche se dégonfle, sans qu’au passage on se prive d’imprimer les mots crimes et attentats.

 

Pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Le deuxième article de Valeurs actuelles porte en titre : « Une enquête et des mystères ».

 

Il note que l’enquête préliminaire « délaiss[e] la piste de l’attentat. Les ouvriers du chantier sont entendus nuitamment « dans le plus grand secret » alors que le monde entier « retient son souffle ».

« Il faudra attendre près de vingt-quatre heures […] pour que les causes du drame soient enfin abordées publiquement. » Peu importe si deux pages plus haut, il a été écrit que l’acte malveillant a été écarté « dès la première minute ».

 

Le « scepticisme » de Nicolas Dupont-Aignan sur l’accident a-t-il été « unanimement condamné par la classe politique », c’est bon ça, la posture du seul contre tous. Et celui qui « quatre mois plus tard » continue à croire que toutes les pistes restent envisageables, attentat compris, développe sa thèse sans contrariété.

 

Le journal détaille les pistes accidentelles mais glisse ce que « révèle une source policière : « il y avait au moins une personne non identifiée sur le chantier après sa fermeture ».

 

Inconnue et mystère se mêlent. L’hebdo brûlot se désole que « le parquet de Paris et la préfecture de police refusent à ce jour de donner davantage d’éléments sur le travail en cours ». Eh oui, ça s’appelle le secret professionnel.

 

Valeurs actuelles en a encore dans la besace et là, le tréfonds est atteint. Une page subtilement titrée « Notre-Dame des complots » recense une ruse machiavélique d’Emmanuel Macron avancée par des gilets jaunes, une punition divine avancée par deux tabloïds serbes [!], l’œuvre d’Allah — dans ces colonnes, il doit y avoir une consigne d’écrire obligatoirement le mot musulman.

 

Il y a encore d’autres théories « plus ou moins farfelues » démenties par les auteurs de l’article mais après les avoir complaisamment colportées.

 

Ça m’a coûté 5,50 €. À ce compte, qui m’empêche d’écrire que « le pays entier se perd en suppositions. Certains sont persuadés que Valeurs actuelles est un torchon, les autorités répètent que c’est un média. » ?

 

Fabulez, élucubrez, inventez, il en restera toujours quelque chose.

 

Foi d’incroyant…

Patrice Louis

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