L’ABC des cathédrales disparues

 

A comme Arras, B comme Boulogne et Besançon, C comme Cambrai… Quatre, c’est trop mais ce sont les seules qui ont succombé aux coups des démolisseurs d’églises.

 

Toutes les autres cathédrales gothiques de France nous sont encore familières — un vrai prodige.

 

Celles qui s’offrent à notre vue à Arras, Boulogne et Cambrai remplacent des édifices que la Révolution a massacrés. Cette part de l’héritage fait tache.

 

À Arras, encore debout, Notre-Dame-en-Cité, avec ses imposantes dimensions, rivaliserait avec les plus belles. Sa construction commence en 1210, trois ans avant Paris. Son chœur est fastueux et son transept immense — 75 m, le plus long de France. La grande façade occidentale donnant sur la nef comporte une rose, trois grands portails formant un triptyque et deux énormes tours dont une seule est dans un état suffisamment avancé pour former un clocher qui domine l’édifice et la ville de ses 75 m environ.

Après une longue interruption, l’édifice peut être consacré en 1484.

Arras, dessin du chevet, fin XVIIe

 

En 1571, la cathédrale subit un incendie, mais ce sont les révolutionnaires qui la tuent ainsi que plupart des établissements religieux et des nombreuses et fastueuses églises de la ville qui témoignent de la richesse et de l’importance particulière d’Arras au Moyen Âge. Tous sont vandalisés puis détruits.

Notre-Dame-en-Cité est désaffectée et vandalisée à partir de 1792-1793. En 1795, des pétitions obtiennent une réouverture qui ne dure guère. Les lieux servent de magasin à munitions et à fourrage. Ensuite, la municipalité décide de vendre. Les spéculateurs de matériaux qui la rachètent, notamment un Hollandais nommé Vandercoster, démolissent complètement la cathédrale à partir de 1799 pour en vendre les pierres.

Le premier consul Napoléon Bonaparte visite la ville en 1802. Il trouve le spectacle des ruines affligeant et ordonne d’en finir au plus vite et d’abattre ce qui reste. Ill n’existe plus aucun vestige visible.

À la suite du concordat de 1801 et du rétablissement du diocèse, Napoléon installe l’évêque dans l’église abbatiale Saint-Vaast, bâtie à partir du milieu du XVIIIe siècle en style classique et seule grande église de la ville rescapée (parce que transformée à temps en hôpital). Telle est l’actuelle cathédrale.

 

À Boulogne, l’arrivée, en barque, d’une statue de la Vierge sur le rivage en 639 donne l’impulsion à un important culte marial qui se développe pendant Tout le Moyen Âge.

Une église romane est édifiée en 1090 par Ide de Lorraine, la mère de Godefroy de Bouillon. Des éléments gothiques sont ajoutés aux xiie et xive siècles. En 1566, l’église devient une cathédrale grâce à la création du diocèse de Boulogne-sur-Mer.

Boulogne, vers 1579, Camille Enlart

 

Ici comme à Arras, les mêmes causes donnent les mêmes effets : devenu bien national à la Révolution, l’édifice est fermé, ses objets du culte sont éparpillés ou détruits. La statue de la Vierge, que l’on venait honorer de toute l’Europe disparaît en 1793 dans un grand bucher. La cathédrale est achetée par un groupe de promoteurs qui la rasent. Le projet immobilier qu’ils ont pour le site, n’est jamais réalisé.

En 1802, le diocèse boulonnais est dissous et intégré à celui d’Arras. Avec son dôme de 103 m de haut, l’actuelle basilique Notre-Dame-de-l’Immaculée-Conception est bâtie à partir de 1827 sur les ruines de l’ancienne.

 

À Cambrai, une église Sainte-Marie est attestée pour la première fois en 525.  Après une cathédrale romane, une gothique est bâtie en 1148. Après diverses péripéties, elle s’enorgueillit d’une flèche de pierre de 114 m de haut qui surmonte le clocher et gagne le nom de « merveille des Pays-Bas ».  Notre-Dame de Cambrai est terminée en 1471 et consacrée un an plus tard, soit plus de trois siècles après le début du chantier.

Cambrai lithographiée
Cambrai modélisée
Cambrai, Flèche, dessin d’Amédée Boileux, 1804

Avec la Révolution, réédition du scénario d’Arras et de Boulogne. Deux ans plus tard, elle est convertie en magasin à grains. En 1796, un marchand de Saint-Quentin, un certain Blanquart, l’achète pour vendre les pierres après l’avoir mise à bas. La démolition avance lentement et la tour s’effondre seule en 1809 lors d’une tempête.

Le siège épiscopal est transféré en 1804 dans l’église de l’abbaye du Saint-Sépulcre, qui date de la fin du xviie siècle. Elle a échappé aux fureurs révolutionnaires. Certes, elle est fermée en 1790 et transformée, quatre ans plus tard en hôpital pour galeux puis en grange avant d’être rebaptisée Temple de la Raison. Le même Blanquart de Saint-Quentin achète ce bien national, mais l’’administration municipale en interdit la destruction en 1800 et, passé le Concordat, l’église est érigée en cathédrale. La cathédrale Notre-Dame-de-Grâce, est élevée au rang de basilique mineure en 1896.

 

Pour Besançon, c’est une autre histoire. La cathédrale Saint-Étienne est bâtie en 1033, avant une rivale nommée Saint-Jean.

Besançon Saint-Etienne
Besançon, Saint-Jean au 2e plan et Saint-Etienne au 3e

Aux XIIe et XIIIe siècles, un débat est soulevé (connu sous le nom de querelle des chapitres) entre les deux. Chacune réclame la préséance. Des papes s’en mêlent et prennent des décisions contradictoires, le chapitre de Saint-Étienne est même excommunié et Saint-Jean considérée comme la « maison-mère ».

Seulement, au XVIIe siècle, la plus vieille des deux cathédrales est abandonnée, puis détruite afin de permettre la construction de la citadelle de Besançon. Saint-Jean a gagné.

 

Quatre cathédrales meurent, mais à leur place autant demeurent.

 

Foi d’incroyant…

Patrice Louis

 

 

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