Dieu le père ou Jupiter ? L’art de berner les révolutionnaires

 

Un détour par une cathédrale romane… Saint-Pierre d’Angoulême en est des plus pures. Elle doit aussi sa vie sauve, comme tant de ses sœurs, à une belle entourloupe.

 

En tous cas, c’est ce que j’ai découvert en lisant une lettre de Charles de Montalembert (1812-1870) à « M. Victor Hugo », intitulée Du vandalisme en France, parue dans la Revue des Deux Mondes, en 1833.

 

Le futur théoricien du catholicisme libéral est un grand admirateur de l’auteur de Notre-Dame de Paris et de son article, dans la même revue, un an avant lui, Guerre aux démolisseurs.

 

De quoi s’agit-il ? Une première cathédrale est construite au IVe siècle, près des remparts et d’une ancienne porte, sur un sanctuaire primitif, antérieur à la chrétienté, sans doute un temple dédié à Jupiter. L’édifice disparut au moment de la prise d’Angoulême par Clovis. Une deuxième cathédrale est consacrée en 566. Elle, elle disparait part la faute des Normands qui l’incendient. Une troisième tient un siècle entre l’an mil et le XIIe siècle mais elle est jugée trop petite. L’Angoumois, alors, compte parmi les plus riches comtés du duché d’Aquitaine, en raison de la fertilité de son sol et du commerce actif. La cité d’Engolesme (Angoulême) peut donc se doter d’une vaste cathédrale. Les travaux commencent vers 1110 et l’église est consacrée en 1128.

L’église souffre pendant les Guerres de religion, mais la menace majeure arrive avec la Révolution qui veut mettre à bas tout ce qui symbolise la religion honnie. Les cathédrales gothiques le découvrent à leurs dépens. Or, si on en croit Montalembert, les romanes sont épargnées. La raison : « une incroyable croyance ». Mais lisez plutôt.

« Croira-t-on dans l’avenir que, pour inspirer à des Français quelque intérêt pour les souvenirs d’un culte qu’ils ont professé pendant quatorze siècles, il faille démentir leur origine et leur destination sacrée ? II en est ainsi cependant. On ne parvient à fléchir les divans provinciaux, les savans de l’empire, qu’en invoquant le respect dû au paganisme. Si vous pouvez leur faire croire qu’une église du genre anté-gothique a été consacrée à quelque dieu romain, ils vous promettront leur protection, ouvriront leurs bourses, tailleront même leur plume pour honorer votre découverte d’une dissertation. On n’en finirait pas si l’on voulait énumérer toutes les églises romanes, qui doivent la tolérance qu’on leur accorde à cette ingénieuse croyance. Je ne veux citer que la cathédrale d’Angoulême dont l’unique et inappréciable façade n’a été conservée que parce qu’il a été gravement établi que le bas-relief du père éternel qui y figure entre les symboles consacrés des quatre évangélistes, était une représentation de Jupiter. On lit encore sur la frise du portail de cette cathédrale : TEMPLE DE LA RAISON. »

 

Le voici, ce père éternel.

 

Jupiter, c’est plutôt ça.

 

Les apprentis démolisseurs sont tombés dans le panneau. Vive l’inculture !

 

Notre-Dame de Paris n’a pas eu cette chance. Sa galerie des rois représentait les rois de Juda. Les sans-culottes y voient les rois de France. Hop, abattus. (voir la chronique Galerie des rois (mais quels rois ?) À bas l’inculture !

 

Foi d’incroyant…

Patrice Louis

 

 

 

 

 

 

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