Cinq ou cent sept ans ?

L’habitant de l’Île de la Cité est impatient… Tout le monde sait ça !

L’expression « Ne pas attendre cent sept ans » illustre son agacement. Ce Parisien de 1163 voit commencer le chantier de sa cathédrale et se réjouit déjà d’aller y confier son âme à Dieu. En prime, ça va mettre de la vie dans le quartier et faire grimper le prix de son logement. Bref, il se frotte les mains.

Seulement, de génération en génération, tout en grandissant dans le bruit, la poussière et les encombrements, la bâtisse tarde à ouvrir ses portes. Ça s’éternise. L’énervement gagne. Le Parisien de 1263 désespère. Ses grands-parents, ses parents poireautent depuis un siècle. « On ne va pas attendre cent sept ans », peste-t-il. La formule fera florès, exprimant l’espoir de voir les choses s’accélérer.

L’histoire est belle mais enjolivée. Dans la réalité, dès 1250 — 87 ans après la pose de la première pierre —, Notre-Dame, dont les tours sont achevées, peut accueillir les fidèles. Les travaux qui suivent sont des additions, des embellissements, des réparations, des modifications.

Mieux : Saint-Louis achète la Couronne d’épines du Christ miraculeusement conservée. La relique arrive à Paris l’été 1239. Où la conserve-t-on avant l’achèvement de la Sainte-Chapelle édifiée pour servir d’écrin ? Dans Notre-Dame où elle reste jusqu’en 1248. Pas de quoi piaffer contre l’interminable.

L’habitant de l’Île de la Cité en 2019 apprend à son tour à prendre son mal en patience. Son attente devrait être moindre : en cinq ans, la cathédrale parisienne doit retrouver sa splendeur. En tous cas, le président de la République l’a demandé, sinon promis.

Foi d’incroyant…

Patrice Louis

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