De la cathèdre au banc des indigents

 

Il n’y a rien de plus démocratique qu’une cathédrale… Majestueuse, elle est en même temps populaire.

Ouverte et gratuite, sans être obligatoire, elle accueille celui qui croit au Ciel et celui qui n’y croit pas. Le second déambule tandis que le premier s’assied.

Pour le confort des croyants, des sièges sont installés et le vocabulaire du mobilier liturgique est fort riche.

 

Logiquement, la cathèdre est le siège de l’évêque, qui peut disposer aussi d’un faldistoire, pliant, sans dossier et garni de housse.

Le siège de présidence est occupé par le prêtre célébrant et tourné vers les fidèles, mais doit éviter de ressembler à un trône.

Il dispose aussi d’une banquette, siège allongé sans dossier ni accoudoir.

Les stalles, en bois, se trouvent des deux côtés du chœur et sont réservés aux membres du clergé.

Le tabouret de chantre, un clerc, se doit d’être haut, pour que son titulaire soit bien vu du chœur qu’il dirige.

Le tabouret de célébrant accueille le cocélébrant.

 

L’agenouilloir, à l’assise rembourrée, est réservé aux prélats.

Les autres, dont les fidèles, n’ont droit qu’à des prie-Dieu, aux assises paillées, l’inférieure pour poser les genoux et le dossier pour appuyer les coudes.

 

Quand ils ne sont ni debout ni agenouillés, celles et ceux qui assistent à l’office ont droit à un alignement de rangées de chaises le long de la nef et des bas-côtés. Une règle non écrite a survécu jusqu’au XXe siècle reflétant une hiérarchie sociale — les premiers rangs étant occupés par qui avait loué sa place.

Les églises conservent la trace de plaques de cuivre destinées à abriter les noms des pieux locataires.

Cette pratique fournissait un revenu régulier, généralement perçu à l’année, pour le conseil de fabrique ou « fabrique », communauté administrant la paroisse et composée de fabriciens. L’argent était perçu par une chaisière.

 

Quant au marguillier, du latin médiéval matricularius, qui tient un registre ou un rôle, il immatricule les pauvres de l’église. Il les inscrit sur le registre d’aumône. Voilà comment j’ai trouvé la trace d’un « banc des indigents » dans la cathédrale d’Évreux.

(Photo PL)

 

L’indigent est celui qui manque des choses les plus nécessaires de l’existence et vit précisément d’aumône. Il a pour synonymes miséreux, nécessiteux ou pauvre.

 

J’ai contacté le service Communication du diocèse. « J’ai transmis votre requête au service des archives historiques de notre diocèse », m’a très gentiment répondu Jacotte Faivre du Paigre. Peu après j’ai reçu ce courriel : « Deux emplacements dans la cathédrale = le premier n’existe plus puisqu’il se trouvait à l’emplacement  de l’escalier qui conduit à la chaufferie [celui de ma photo]. Le second est situé sur le mur de la sacristie (bas côté sud). Il s’agissait d’emplacements destinés aux paroissiens qui ne payaient pas leur location de chaise à l’année. »

 

« J’ai mes pauvres » est une formule qu’on pouvait entendre devant les mendiants aux portes des églises — et pas seulement des cathédrales.

 

Foi d’incroyant…

Patrice Louis

 

 

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