Le jour où Rousseau n’a pu accéder à l’autel de Notre-Dame

 

Ultrasensible, Jean-Jacques Rousseau se croit à la fin de sa vie la proie d’un complot. La cathédrale de Paris en est témoin !

 

À 60 ans, le philosophe incompris commence à écrire des Dialogues où, schizophrène, « Rousseau » échange avec le « Français » à propos de Jean-Jacques et de son œuvre. L’auteur des Confessions met quatre ans à les rédiger.

 

Besoin de se justifier, de se confesser ? Angoisse fiévreuse ? Délire de la persécution ? Le 24 février 1776, il veut en déposer la « mise au net » sur le maître-autel de Notre-Dame, L’exemplaire de son manuscrit est dans une enveloppe où il est inscrit : « Dépôt remis à la Providence ».

 

Malédiction ! Entré sous la nef, il se dirige vers l’autel et, là, une grille fermée lui interdit le passage. L’autel est inaccessible.

(Dessin de Le Barbier l’Aîné, pour « Rousseau, juge de Jean-Jacques », Bruxelles, 1783 ; BnF)

 

Pris de vertige, le malheureux s’enfuit. La rédemption ne sera pas pour aujourd’hui.

 

Rousseau y voit le signe que l’institution ne veut pas l’entendre. C’est un « bienfait du ciel ». Plutôt qu’à l’Église, il confie donc son texte à un homme de bien. Il choisit un ami de longue date, Étienne Bonnot de Condillac, penseur lui-même et abbé de son état. Il le charge de transmettre aux générations futures le message que son siècle ne peut entendre.

 

Rousseau meurt en 1778. Le religieux le suit dans la tombe deux ans plus tard. Les Dialogues ou Rousseau juge de Jean-Jacques sont publié dans leur intégralité en 1882.

L’épisode de Notre-Dame y est raconté dans un supplément intitulé Histoire du précédent écrit.

Cent-dix ans après, un autre écrivain trouvera, lui, la lumière dans la cathédrale dans des circonstances pas moins inouïes : Paul Claudel est saisi par la foi au pied d’un pilier.

Nous le suivrons demain.

 

Foi d’incroyant…

Patrice Louis

 

 

 

 

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