Claudel, pilier de Notre-Dame

 

Claudel est un pilier de l’Église…

Jusqu’à l’âge de 18 ans, Paul est insensible à Dieu. Sa mère se fiche de la fréquentation à l’église et son père affiche son anticléricalisme. Si l’enfant reçoit le baptême, c’est par convenance. Quant à sa première communion, comme il l’explique lui-même dans Ma conversion, elle est « à la fois le couronnement et le terme » des pratiques religieuses à l’image des garçons de son époque. Adolescent, il ne se considère pas croyant. Son entrée au lycée parisien Louis-le-Grand ne le rapproche aucunement de la spiritualité. Loin de tout sentiment du sacré, le jeune Paul n’a pas trouvé son chemin de Damas.

 

Baignant dans ce qu’il nommera le « bagne matérialiste » du scientisme ambiant, il n’en ressent pas moins un mal-être qu’il soigne par la poésie : il sent à la lecture de Rimbaud la force du surnaturel et évoquera une « influence séminale ».

 

Arrive alors Noël 1886. Paul Claudel entre dans la cathédrale de Paris pour assister, sceptique, à la grand’messe et au moment des vêpres. Le Magnificat résonne sous les voûtes. Soudaine, simple, puissante, irrévocable, la foi l’atteint en plein cœur.

 

« J’avais complètement oublié la religion et j’étais à son égard d’une ignorance de sauvage. La première lueur de vérité me fut donnée par la rencontre des livres d’un grand poète, à qui je dois une éternelle reconnaissance, et qui a eu dans la formation de ma pensée une part prépondérante, Arthur Rimbaud. La lecture des Illuminations, puis, quelques mois après, d’Une saison en enfer, fut pour moi un événement capital. Pour la première fois, ces livres ouvraient une fissure dans mon bagne matérialiste et me donnaient l’impression vivante et presque physique du surnaturel. Mais mon état habituel d’asphyxie et de désespoir restait le même. Tel était le malheureux enfant qui, le 25 décembre 1886, se rendit à Notre-Dame de Paris pour y suivre les offices de Noël. Je commençais alors à écrire et il me semblait que dans les cérémonies catholiques, considérées avec un dilettantisme supérieur, je trouverais un excitant approprié et la matière de quelques exercices décadents. C’est dans ces dispositions que, coudoyé et bousculé par la foule, j’assistai, avec un plaisir médiocre, à la grand’messe. Puis, n’ayant rien de mieux à faire, je revins aux vêpres. Les enfants de la maîtrise en robes blanches et les élèves du petit séminaire de Saint-Nicolas-du-Chardonnet qui les assistaient, étaient en train de chanter ce que je sus plus tard être le Magnificat. J’étais moi-même debout dans la foule, près du deuxième pilier à l’entrée du chœur à droite du côté de la sacristie. Et c’est alors que se produisit l’événement qui domine toute ma vie. En un instant mon cœur fut touché et je crus. Je crus, d’une telle force d’adhésion, d’un tel soulèvement de tout mon être, d’une conviction si puissante, d’une telle certitude ne laissant place à aucune espèce de doute, que, depuis, tous les livres, tous les raisonnements, tous les hasards d’une vie agitée, n’ont pu ébranler ma foi, ni, à vrai dire, la toucher. J’avais eu tout à coup le sentiment déchirant de l’innocence, l’éternelle enfance de Dieu, une révélation ineffable. » Ma conversion, Revue de la jeunesse, 13 octobre 1913.

 

Où se situe ce « deuxième pilier » à droite ?  Près d’une des trente-sept représentations de la mère du Christ, une Vierge à l’Enfant du XIVe siècle, adossée au pilier sud-est du transept et priée sous le vocable de « Notre Dame de Paris ».

 

Dans le pavement, une plaque en perpétue le souvenir.

 

Ainsi renaît Claudel, futur écrivain catholique.

 

Le 25 décembre 1890, Paul Claudel achève sa conversion au bout de quatre années d’interrogations : il communie, pour la deuxième fois de sa vie. Où ? À Notre-Dame.

 

L’intransigeant croyant évoque l’épisode du deuxième pilier, en 1942 dans un poème nommé 25 décembre 1886 :

« Rien à faire contre cette éruption comme le monde au fond de mes entrailles de la foi !

Rien à faire contre cette voix avant que le monde fut qui me dit : tu es à Moi !

Rien à faire contre l’impétuosité, comme quelqu’un du haut en bas qui se fend, de la bête qui dit : “Je crois !” »

 

En 1955, le parvis de Notre-Dame accueille les funérailles nationales de l’auteur de L’Annonce faite à Marie. Un Magnificat accompagne sa dépouille.

 

Paul Claudel est seul laïc à avoir porté le titre de chanoine de Notre-Dame de Paris.

 

Foi d’incroyant…

Patrice Louis

 

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