Proust et le chameau d’Amiens

Certains déjà s’inquiètent : Êtes-vous sûr d’avoir de quoi nourrir votre blogue, fou de Notre-Dame ?

Qu’ils se rassurent ! Une cathédrale est un monde ; avec ses sœurs, c’est le système solaire ; tous les thème satellites ne suffisent pas occuper la Voie Lactée.

Un exemple sera plus parlant. Invité par la Société des Amis de Marcel Proust et des Amis de Combray (retour à la Recherche !), j’ai participé à une visite commentée de Notre-Dame d’Amiens.

Notre cicérone local nous a appris qu’il y a cinq mille figurines dans le seul bois taillé des stalles ! Les statues se comptent aussi par milliers.

Prenons (pas vraiment au hasard) le « quatre-feuilles » placé sous saint Matthieu représentant la vertu Obéissance, une des sculptures du « grand porche central ».

(Photo PL)

Voici ce qu’en écrit John Ruskin, traduit par Proust, écrit dans sa Bible d’Amiens :

« L’Obéissance porte un écu avec un chameau. Actuellement la plus désobéissante de toutes les bêtes qui peuvent servir à l’homme, celle qui a le plus mauvais caractère, passant pourtant sa vie dans le service le plus pénible. Je ne sais pas jusqu’à quel point son caractère a été compris par le sculpteur du Nord ; mais je crois qu’il l’a pris comme un type de porteur de fardeau qui n’a ni joie ni sympathie, comme le cheval, ni pouvoir de témoigner sa colère comme le bœuf. Sa morsure est assez mauvaise », etc. Page 333 de l’édition établie, présentée et annotée par Jérôme Bastianelli (Bouquins, Robert Laffont, 2015).

Une note de bas de page signale une « erreur de traduction, actually signifiant « en fait » et non « actuellement », ainsi que le président de la Sampac nous l’a raconté en riant lors de la virée picarde !

Sans lui, on n’aurait jamais pigé pourquoi le ruminant bossu de 1884, avait cessé d’obéir sans qu’aucun ouvrage savant de l’époque n’explique cette évolution.

Comme les auteurs de référence ne reculent devant aucune méticuleuse précision, l’ami Jérôme y revient soixante pages plus loin :

Devant une telle profusion de connaissances, devant le champ des chroniques possibles, vous comprendrez mieux pourquoi le fou de Notre-Dame avance avec sérénité dans ce blogue qui s’invente au fur et à mesure.

Foi d’incroyant…

Patrice Louis

Une pensée sur “Proust et le chameau d’Amiens”

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *