Des souverains pontifes sous la nef

 

Les catholiques ont eu deux cent soixante-six papes à leur tête depuis Saint-Pierre…

Combien sont-ils venu à Notre-Dame de Paris. Moins de 1% !

Ont des excuses les cent soixante-neuf qui ont occupé le poste avant l’érection de la cathédrale.

 

Le premier à y venir est Alexandre III, alors réfugié à Sens, qui pose lui-même la première pierre en présence du roi Louis VII au printemps 1163. Et encore, par définition, ce n’est alors qu’une promesse de cathédrale. « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église », comme le dit le Christ au premier de ses apôtres — on connaît la musique.

(Photo akg images)

 

Restent quatre-vingt-dix-sept papes. Il faut attendre le 251e pour daigner venir s’asseoir sous la nef parisienne. En 1804, Pie VII, un peu forcé par Napoléon 1er, sacre l’empereur à Notre-Dame.

Le peintre David assure le reportage de la cérémonie où le Français ravit au souverain pontife le rôle de poseur de couronne.

 

Jusqu’à la fin du siècle suivant, aucun chemin ne mène le pape à Paris. Cette abstention illustre les liens compliqués de l’Église et de sa fille aînée. Jean-Paul II

Jean-Paul II corrige deux fois cette situation. Le 30 mai 1980, le Polonais préside une messe dans la cathédrale. Dans son homélie, il donne la dimension de sa présence sous ses voûtes : « Nous sommes ici dans un lieu sacré : Notre-Dame. Cette splendide construction, trésor de l’art gothique, vos aïeux l’ont consacrée à la Mère de Dieu. Ils l’ont consacrée à celle qui, parmi tous les êtres humains, a donné la réponse la plus parfaite à cette question : “Aimes-Tu ? M’aimes-tu ? Aimes-tu davantage ? » Sa vie tout entière fut en effet une réponse parfaite, sans aucune erreur, à cette question. Il convenait donc que je commence dans un lieu consacré à Marie ma rencontre avec Paris et avec la France. »

Il prononce aussi une prière devant la Vierge à l’enfant :

 

« Vierge Marie, au cœur de la Cité

Nous vous prions pour cette ville capitale.

Vous, l’Intacte, gardez-lui la pureté de la foi !

Vierge Marie, depuis ce bord de Seine,

Nous vous prions pour le pays de France.

Vous, Mère, enseignez-lui l’espérance !

Vierge Marie, en ce haut lieu de chrétienté,

Nous vous prions pour tous les peuples de la terre.

Vous, pleine de grâce, obtenez qu’ils soient un dans l’Amour. »

 

Jean-Paul II revient à Paris le 22 août 1997 pour la béatification de Frédéric Ozanam, précurseur au XIXe siècle du catholicisme social. Il a ces mots : « On connaît son rôle dans l’institution des Conférences de Carême en cette cathédrale Notre-Dame de Paris, dans le but de permettre aux jeunes de recevoir un enseignement religieux renouvelé face aux grandes questions qui interrogent leur foi.

 

Le dernier visiteur papal est Benoît XVI. Le 12 septembre 2008, il préside à Notre-Dame de Paris les vêpres puis s’adresse aux jeunes sur le parvis :

 

« Nous voici dans l’église-mère du diocèse de Paris, la cathédrale Notre-Dame, qui se dresse au cœur de la cité comme un signe vivant de la présence de Dieu au milieu des hommes. […] La foi du Moyen-Âge a bâti les cathédrales, et vos ancêtres sont venus ici pour louer Dieu, lui confier leurs espérances et lui dire leur amour. De grands événements religieux et civils se sont déroulés dans ce sanctuaire où les architectes, les peintres, les sculpteurs et les musiciens ont donné le meilleur d’eux-mêmes. […] La cathédrale Notre-Dame demeure à juste titre l’un des monuments les plus célèbres du patrimoine de votre pays. Les reliques de la Vraie Croix et de la Couronne d’épines, que je viens de vénérer, comme on le fait depuis saint Louis, y ont trouvé aujourd’hui un écrin digne d’elles, qui constitue l’offrande de l’esprit des hommes à l’Amour créateur. »

 

Est-ce à dire que Pie XII, Jean XXIII et Paul VI n’ont jamais mis les pieds dans l’Île de la Cité ? Non, mais c’était avant leur élection, nous apprend Vatican News, qui est parole d’Évangile : le premier, comme cardinal-Secrétaire d’État ; le deuxième, en tant que nonce apostolique ; le dernier, dans ses jeunes années.

 

Et l’actuel titulaire ? Il joue l’Arlésienne ! Trois jours après l’Incendie, le pape promet de venir « en temps voulu ». Apparemment, il n’a pas encore sonné. Fâché, François ?

 

Pour nous consoler, un pâle clone a été fugacement offert sous forme de statue de cire. Le musée Grévin a exposé cette représentation devant Notre-Dame de Paris un jour de 2015.

 

L’intéressé a « approuvé », selon Béatrice de Reyniès, présidente de Grévin International. Très respectueusement, Votre Sainteté, ce serait mieux si vous vous déplaciez en personne.

Jean-Paul II, lui, a trouvé le moyen d’être pour longtemps à Notre-Dame. Il est statufié en bronze.

 

Il se trouve dans le jardin attenant à la cathédrale baptisé du nom d’un autre pape.

(Photo PL)

 

Squatteur, va !

 

Foi d’incroyant…

Patrice Louis

 

 

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