Un morceau de Chartres à Princeton

 

De l’Eure-et-Loir au New Jersey…

 

La ville du comté de Mercer abrite une université privée, des plus prestigieuses de la planète. Elle a été fondée en 1746 en tant que Collège du New Jersey. En sont sortis soixante-cinq prix Nobel, quinze médaillés Fields et trois présidents américains.

Son musée, le Princeton University Art Museum, fondé en 1882, recèle près de cent mille œuvres de l’Antiquité à Basquiat en passant par l’Europe médiévale. Parmi elles, un vitrail qui ornait la cathédrale gothique de Chartres.

 

Il en ressort qu’au début du XIIIe siècle, la famille du seigneur capétien de Courtenay (dont un membre, Pierre II, devient à la même époque empereur latin de Constantinople) offre une verrière à la cathédrale dont la construction s’achève. Elle en est retirée à la fin du XVIIIe,  pour que la lumière éclaire mieux le sanctuaire. Il en demeure certes un bout dans la Notre-Dame beauceronne mais quatre panneaux sont mis sur le marché dans les années 1920. Les Américains les achètent.

Ce qui est exposé relève en fait de l’assemblage. Représentant le martyre de saint Georges sur la roue, un quart est ancien, le reste, du XIXe, est constitué de verre moderne ou de pièces médiévales réutilisées.

 

Ces tribulations et transformations sont fascinantes et je remercie Marie & Philippe d’avoir présenté le vitrail sur Twitter et conduit à approfondir son histoire. Les informations ici rapportées proviennent du site de Princeton, du cartel accompagnant l’œuvre et d’un article de Louis Grodecki, historien de l’art français, spécialiste du vitrail (1910-1982), dans le Bulletin Monumental de la Société Française d’Archéologie (tome CXXII, année 1964).

L’amour de l’art n’a pas de frontières et le vitrail baladeur chartrain rappelle une autre acquisition d’Outre-Atlantique à la même époque : George Grey Barnard, sculpteur et collectionneur, d’art du Moyen-Âge, acquiert des éléments architecturaux de quatre abbayes du sud de la France et d’un prieuré lorrain vendus à la Révolution qu’il fait traverser l’océan. John D. Rockefeller lui rachète sa collection pour la présenter à New York dans un édifice néo-romano-gothique construit exprès. « The Cloisters » est la plus grande collection d’art médiéval du continent américain.

L’entrée est à 25 $. Le musée de l’université de Princeton, lui, est gratuit.

 

Foi d’incroyant…

Patrice Louis

 

 

 

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