La Sorbonne n’est pas née à Notre-Dame

 

La cathédrale de Paris en alma mater — jolie pirouette…

L’expression latine désigne la mère nourricière, déesse de la fertilité. Au Moyen Âge, les chrétiens s’en servent pour la Vierge Marie, mère de Jésus.

Alma Mater Studiorum est la devise de l’Université de Bologne, fondée au XIe siècle et première du monde occidental. L’usage se propage dans les autres universités européennes.

On en trouve une forme francisée dans Pantagruel. Le héros de Rabelais rencontre aux portes de la capitale un Limousin, un écolier qui estropie la langue :

— Mon ami, d’où viens-tu à cette heure ?

— De l’alme, inclyte et célèbre académie que l’on vocite Lutèce.

[De la nourricière, illustre et célèbre académie qu’on appelle Lutèce. Chapitre VI, traduction de Claude Pinganaud, éditions Arléa.]

Depuis, non sans pédanterie, la formule désigne l’université où l’on a étudié.

 

Cette introduction, pas moins prétentieuse, nous entraîne auprès d’un personnage du XIIIe siècle.

Sociologue des religions, Olivier Bobineau, n’y va pas par quatre chemins: « C’est à Notre-Dame que naît l’Université. Les premiers cours ont lieu dans le couvent de l’édifice ; en 1258, le chanoine de la cathédrale, un certain Robert de Sorbon, trouve un autre lieu pour enseigner hors des murs et pour accueillir des étudiants pauvres et les former à la théologie, la grammaire et la musique. Il fonde La Sorbonne, à côté de Notre-Dame de Paris. » (in Le Point, 16 avril 2019)

 

Ce n’est pas si simple. Les spécialistes s’accordent sur l’an 1268. Notre Sorbon est bien chanoine de Paris — accordons à l’universitaire que c’est synonyme de chanoine de Notre-Dame. Plus que « il est », il faut écrire « il devient ».

Robert naît en 1201, à Sorbon, en Lorraine. Le fils de paysan reçoit, à Reims puis à Paris, une éducation religieuse. Élevé au sacerdoce, il est reçu docteur et devient chanoine de Cambrai en 1249. Suivez bien les années.

Il commence à enseigner en 1253 à Paris. Ses talents d’orateur et sa pédagogie bonhomme font de lui un maître en son temps. Il fonde son collège, vers 1254 ou 1257 (c’est selon), rue Coupe-Gueule (actuelle rue de la Sorbonne).

L’établissement, dirigé par Sorbon lui-même, s’agrandit notablement à partir de 1258 grâce à la générosité du roi.

C’est donc cette année-là que l’ecclésiastique obtient son titre à Notre-Dame, qui sera suivi de celui de chapelain de Saint Louis. En 1259, il reçoit l’approbation du pape et la Sorbonne devient l’un des plus réputés centres européens de théologie.

 

Récapitulons : sans conteste, la Sorbonne naît de l’Église qui à l’époque n’a pas de concurrent dans l’enseignement, mais elle ne peut être circonscrite à la cathédrale capitale où le fondateur n’avait pas encore de fonctions.

 

Foi d’incroyant…

Patrice Louis

 

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