Un monumental entrepôt de vins

 

Franchement, la cathédrale de Paris conserve de mauvais souvenirs des années 1793-1801…

 

La Révolution y a pourtant plutôt bien commencé. L’archevêque est alors Mgr de Juigné.

Le 23 avril 1789, la cathédrale accueille l’assemblée électorale des trois ordres de Paris intra muros pour la messe du Saint-Esprit. Le lendemain, même hospitalité pour les représentants de Paris extra muros.

Le 4 mai, les États Généraux s’y ouvrent. Jamais un lundi n’a entendu un Veni Creator.

Jusqu’au 14 juillet, les assemblées du district de la Cité alternent avec les offices des chanoines.

Le jour de la prise de la Bastille, le chantre assurer les élus que les religieux sont « dans la résolution de contribuer en ce qui dépend d’eux à ramener le calme et la tranquillité publique ». Tout le monde applaudit.

Le 15, Mgr Antoine-Éléonor-Léon Leclerc de Juigné couronne de fleurs le nouveau maire de Paris, Bailly, remplaçant du prévôt des marchands massacré la veille. Il entraîne ensuite les délégués de l’Assemblée nationale dans sa cathédrale pour chanter un Te Deum pour « le rétablissement de la paix. »

 

Au fil de l’été, l’enthousiasme affiché faiblit. En octobre, la situation se tend. L’Assemblée nationale s’installe à l’archevêché et dans les locaux du chapitre, la commission des Finances siégeant dans la salle capitulaire.

L’agitation populaire s’accroît. L’archevêque, accusé d’affamer la capitale, prend son passeport et donne le signal de l’émigration du haut-clergé aristocratique.

Les seigneurs du chapitre, eux, demeurent. Ils offrent en don patriotique leur grand lampadaire et de l’argent sonnant et trébuchant. Ils ne sont pas récompensés de leur générosité : le 2 novembre, les biens de l’Église sont nationalisés.  La cathédrale, qui était propriété de l’archevêché de Paris, est mise à la disposition de la Nation, comme l’ensemble des biens du clergé. Depuis, l’État est resté propriétaire de la cathédrale.

La Garde française n’en confie pas moins à Notre-Dame ses drapeaux bénis.

 

Le 10 février 1790, Louis XVI et Marie-Antoinette se rendent en visite à Notre-Dame. Ils n’ont droit qu’à une messe basse dans une chapelle, le bourdon à l’arrêt. Les enfants de chœur n’entonnent qu’un Domine salvum.

 

La Constitution civile votée juge inutiles les chapitres et collégiales. Celui de Paris est supprimé le 21 novembre. Désormais élu par la nation, le clergé patriote prend possession de la cathédrale. Les prêtres constitutionnels sont confrontés à la déchristianisation et à l’anticléricalisme.

 

Le 13 mars 1791, une Assemblée électorale doit désigner le « métropolitain de la Seine » après la fuite de l’archevêque. À l’issue de la grand’messe, elle élit Gobel à une majorité triomphale (500 voix contre 52 au 2e). Le 27, l’évêque de Lyda, ci-devant coadjuteur de Bâle, s’installe à Notre-Dame au son des cloches et des canons.

 

Le 10 novembre 1793, une fête de la Liberté est organisée en la cathédrale Notre-Dame, rebaptisée par décret « Notre-Dame de la Raison ». Le maître-autel est transformé en autel de la déesse Raison. À la fin du mois, le culte catholique est interdit à Paris.

La déchristianisation est en marche avec son lot d’actes de vandalisme et de pillages dans la cathédrale.

 

La coupe est pleine quand la cathédrale est transformée en entrepôt de vin. Les révolutionnaires avaient réquisitionné réquisitionnés la production des aristocrates émigrés dans leurs caves et domaines.

Des milliers de tonneaux sont entreposés sous les voûtes. Notre-Dame n’est-elle pas voisine du quai Saint-Bernard, le port parisien de réception des vins. Une partie de cet alcool est ensuite réexpédiée aux armées révolutionnaires luttant aux frontières contre les armées coalisées.

 

Il faut attendre 1801 et l’arrivée de Napoléon pour que la cathédrale soit rendue au culte catholique. Le 18 avril 1802, la première grande cérémonie de l’ère post-révolutionnaire a lieu dans la cathédrale capitale : Bonaparte et les officiels du Consulat assistent à la messe de Pâques consacrant solennellement la promulgation du Concordat, au son du bourdon. Il était muet depuis dix ans.

 

Foi d’incroyant…

Patrice Louis

 

(Source : Jean Leflon, Revue d’histoire de l’Église de France, 1964)

 

 

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