Le gothique, cet art barbare !

 

Les cathédrales et les Goths : rigolo, ce lien entre la lumineuse architecture médiévale et des barbares germaniques.

Il n’y a plus d’Ostrogoths (Goths de l’Est) depuis six siècles ni de Wisigoths (Goths de l’Ouest) depuis quatre quand jaillissent les premiers joyaux de l’art ogival qui suivent les massives églises romanes.

 

Ce nouveau style apparaît au XIe siècle. Il faut attendre quatre autres siècles pour le voir nommer gotico. C’est sous la plume d’un génie de la Renaissance. Raphaël écrit gothique en italien dans un rapport au pape Léon X, en 1519, sur « la conservation des monuments antiques ». Le peintre considère que les arcs en ogive de l’architecture appelée alors moderne opposée au style à l’antique rappellent la courbure des arbres formant les cabanes primitives des habitants des forêts germaniques. Il n’y met aucune appréciation.

 

Celui qui se charge d’y mettre un ton péjoratif, c’est le critique d’art toscan Giorgio Vasari. En 1550, il reproche au gothique d’oublier les règles esthétiques gréco-romaines. Dans Vies des meilleurs peintres, sculpteurs et architectes, il le qualifie de « monstrueux et barbare » : «  Ce style fut créé par les Goths. Après avoir ravagé les constructions antiques et tué les architectes dans les guerres, ils élevèrent avec les survivants des édifices de ce style. […] Que Dieu préserve tout pays de cette conception et de cette manière de bâtir ! ».

 

Ce regard critique se retrouve chez Boileau (On dirait que Ronsard sur ses pipeaux rustiques / Vient encor fredonner ses idylles gothiques), La Bruyère (On a entièrement abandonné l’ordre gothique, que la barbarie avait introduit pour les palais et pour les temples), Voltaire (Le génie des Français a été presque toujours rétréci sous un gouvernement gothique), Rousseau (Ces entraves gothiques, ces multitudes de ligatures) ou Molière ([Le] fade goût des ornements gothiques, / Ces monstres odieux des siècles ignorants, / Que de la barbarie ont produit les torrents… ).

Pour eux, ce germanique-là est trop ancien ou hors de mode.

 

Il est bien un Allemand pour revendiquer cette origine, Goethe, à propos de la cathédrale de Strasbourg : J’entrepris, dans mon enthousiasme pour cette œuvre d’art, de changer le nom mal famé de gothique, donné jusqu’alors à cette architecture, et de la revendiquer pour mon pays, en lui donnant celui d’architecture allemande.

En France, le gothique retrouve ses lettres de noblesse avec Chateaubriand (L’ordre gothique, au milieu de ses proportions barbares, a toutefois une beauté qui lui est particulière) et le romantique Hugo (On vous voyait [mes odes]… Demander aux temps gothiques Leurs vieux contes toujours nouveaux).

 

En 1915, Huysmans, dans La Cathédrale, oppose le Roman dur et contrit au Gothique plein d’effusions et de câlineries.

 

Foi d’incroyant…

Patrice Louis

 

 

 

 

 

 

 

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