Notre-Dame et l’incendie

du Bazar de la Charité

 

Sous tous les régimes, la cathédrale de Paris est le lieu des grandes douleurs nationales… C’est là et nulle part ailleurs que sont organisées les cérémonies du souvenir.

Ducs ou princes sous l’Ancien régime, présidents sous la République, belles âmes, grands esprits, maréchaux, victimes d’attentats — le rendez-vous est fixé à Notre-Dame de Paris. Pour des obsèques nationales ou des cérémonies commémoratives, l’émotion est convoquée dans Notre-Dame.

(J’aurai l’occasion de détailler les moments historiques endeuillés qui se sont passés sous les voûtes gothiques du cœur insulaire de la Capitale.)

 

Aujourd’hui, remontons à la fin du XIXe siècle. La télévision (TF1) vient de commencer la diffusion d’une série sur l’incendie du Bazar de la Charité.

Le 4 mai 1897, une cent-vingtaine de personnes périssent en quelques minutes dans les flammes qui détruisent une structure provisoire qui accueille, rue Jean-Goujon, une immense vente pour les nécessiteux. Une allumette craquée à côté d’un projecteur du cinéma naissant provoque un brasier alors que se pressent plus de mille êtres charitables, beaucoup de dames appartenant à la plus haute aristocratie française ou à la grande bourgeoisie.

Le drame a été raconté et re-raconté : du sacrifice de la duchesse d’Alençon à la lâcheté des messieurs qui ne pensaient qu’à eux. La France de la Belle Époque a trouvé dans l’atroce histoire une occasion de mêler ses larmes.

D’autres ont déjà montré toutes les dimensions du drame — politique, sociale, religieuse… (Les proustiens y ont retrouvé des figures familières : la comtesse Greffulhe était du comité d’organisation ; Robert de Montesquiou a été accusé de s’être frayé un passage en frappant les femmes et les enfants avec sa canne ; des noms à particule familiers sont dans la liste des victimes ; le duc d’Aumale est mort en rédigeant des lettres de condoléances et la Recherche évoque, grinçante, la reine de Naples, sœur de la duchesse d’Alençon, après la mort de son autre sœur, « Sissi ».)

 

Revenons à Notre-Dame. Le pouvoir décide d’y organiser une cérémonie.  Elle a lieu le samedi suivant, 8 mai. Quel journal est-il le mieux à même de la décrire ? Le Figaro :

« Le portail de la cathédrale est tendu de draperies noires brodées d’argent aux initiales R.F. Devant le petit square qui entoure la statue de Charlemagne, on a élevé une sorte de catafalque où l’on dépose, au fur et à mesure, les couronnes qui arrivent. […]

Il est midi. Les cloches de Notre-Dame sonnent, et bientôt, précédé d’un peloton de cuirassiers, arrive le Président de la République, en landau découvert, […]

A droite de l’immense catafalque, qui pourrait contenir vingt corps, sont déjà les membres des Chambres et du Conseil municipal. […]

Les bougies sont si abondantes que leur fumée met comme une brume dans la cathédrale. […] »

Suit une messe, le De Profundis, le Libera me, l’oraison d’un prêtre (qui s’en prend au gouvernement), l’absoute, le discours du ministre Barthou, le départ du président…

 

La Croix, de son côté, consacre toute sa « une » à l’hommage national.

 

Notre-Dame, réceptacle des grandes douleurs françaises — pas toujours muettes.

 

Foi d’incroyant…

Patrice Louis

 

 

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