Trois saintes reliques de Notre Dame

I – La Couronne d’épines

Des joncs, un bout de bois et un clou… Rustiquement parlant, le trésor des trésors de Notre-Dame de Paris n’est pas flamboyant.

C’est sans compter l’Histoire, le symbole, la ferveur.

Renommons les reliques : la Couronne d’épines, le bois de la Croix, le clou de la Passion. Là, c’est à se mettre à genoux.

 

La Couronne

La longue histoire commence Terre Sainte, à Jérusalem. Saint Jean, dans son Évangile, raconte que les soldats romains, dans la nuit du Jeudi au Vendredi Saint, se moquent du Christ et de sa royauté en le revêtant d’un manteau de pourpre et le coiffant d’une couronne garnie d’épines avant de le crucifier.

La vénération des instruments de la Passion — comprenant la blessante parure, la Vraie Croix et les clous qui ont fait tenir Jésus dessus — est mentionnée dès le IVe siècle dans les récits des pèlerins s’étant rendus à Jérusalem. Entre les VIIe et Xe siècles, ces reliques sont progressivement transférées à Constantinople dans la chapelle des empereurs byzantins pour les mettre à l’abri de pillages.

En 1238, Baudouin II de Courtenay, l’empereur latin de Byzance en grande difficulté financière, propose au roi de France Louis IX, de lui engager la Couronne d’épines et d’autres reliques. Le futur saint Louis accepte, mais les régents de l’Empire les ont déjà mis en gage auprès de banquiers vénitiens que saint Louis dédommagera. Le 10 août 1239, il accueille vingt-deux reliques à Villeneuve-l’Archevêque. Le 18, pieds nus et en chemise de lin par souci d’humilité devant le Roi des rois, Louis IX fait une entrée triomphale à Paris en portant lui-même la Couronne, qu’il installe à la cathédrale Notre-Dame de Paris.

Il fait alors édifier un reliquaire à la mesure de ces reliques : la Sainte-Chapelle, au cœur du palais royal (l’actuel Palais de Justice). Durant la Révolution française, les reliques sont déposées à l’abbaye de Saint-Denis puis, dépourvues de leurs reliquaires, à la Bibliothèque nationale.

À la suite du Concordat, Bonaparte, soucieux de s’attirer les bonnes grâces de l’Église avant son sacre, décide, en 1804, d’en faire don au chapitre de Notre-Dame de Paris qui les affecte au trésor de la Cathédrale. Elles s’y trouvent conservées depuis lors, confiées aux chanoines chargés de leurs vénérations et placées sous la garde statutaire des Chevaliers du Saint-Sépulcre de Jérusalem.

Depuis 1896, la Couronne est conservée dans un tube de cristal et d’or, couvert d’une monture ajourée figurant une branche de zizyphus ou Spina Christi – arbuste qui a servi au couronnement d’épines. Elle est constituée d’un cercle de joncs réunis en faisceaux et retenus par des fils d’or, d’un diamètre de 21 cm, sur lequel se trouvaient les épines. Ces soixante-dix piquants ont été dispersées au cours des siècles par les dons effectués par les empereurs de Byzance et les rois de France.

 

Le soir de l’Incendie, la Couronne d’épines (sans épines) quitte la cathédrale miraculeusement (et grâce aux sauveteurs d’œuvres d’art) pour un abri plus sûr.

 

Demain, le bois de la Croix.

 

Foi d’incroyant…

Patrice Louis

 

 

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