Moyenâgeux ou médiéval ?

 

Variations sur le vocabulaire…

Tirons d’abord un trait sur le tiret : Moyen Âge s’écrit sans signe de séparation (ou plus précisément, d’attachement). Moyen-Âge est fautif.

Le substantif naît sous la plume de l’historien archevêque Pierre de Marca en 1640. L’adjectif, en un seul mot, est créé tardivement puisqu’il apparaît dans la deuxième moitié du XIXe siècle, suivi une dizaine d’années plus tard par médiéval.

Tous deux concernent une période de l’Histoire placée entre l’Antiquité et la Renaissance, en gros du Ve au XVe siècles.

Ils seraient de parfaits synonymes si le second ne semblait pas plus chic que le premier.

 

Dans le Journal des Goncourt (1863), moyenâgeux signifie qui aime le Moyen Âge. Médiéval, lui, est signalé dans le Supplément du Littré à propos d’une inscription latine « en lettres médiévales » trouvée dans le Journal Officiel du 15 septembre 1874.

 

Et comment faisait-on avant ? Premier humaniste, Pétrarque évoque un âge de ténèbres (tenebrae). Aux siècles suivants, les savants de la Renaissance parlent de média tempestas (avec un jeu de mot sur tempestes qui signifie à la fois « tempêtes » et « ère », 1469), media aetas (abréviation de aevitas, 1518), ou media antiquitas (1525). Au XVIIe, l’Allemand Christophe Keller (dit Cellarius) utilise l’expression « Grand Âge ».

 

Au départ, il y a bien du latin : médium (qui est au milieu, central), aevum (âge, durée). Medium aevum, c’est l’âge du milieu. Les Anglais le traduisent en premier : mediaeval (soit middle ages) est attesté en 1826. Les Allemands suivent avec Mitrelalter.

Les Français n’ont qu’à copier Chateaubriand parle des « ruines moyenâgées d’un château », dans ses Mémoires d’outre-tombe, et Balzac évoque la « secte littéraire des moyen-âgistes », dans Le Martyr calviniste.

 

Mais cessons l’assaut de références. Les moyenâgistes rebaptisés médiévistes introduisent un distinguo. Familier et courant, moyenâgeux, c’est pour le populo, tandis que médiéval est l’apanage des clercs.

Porteur de science, médiéval est neutre tandis qu’un jugement de valeur entoure moyenâgeux — positif (pittoresque, suranné) ou négatif (arriéré, inculte, obscurantiste).

Sans cesse s’opposeraient un authentique à un imaginaire, la réalité d’une époque à une fiction fantaisiste, l’étude au roman de cap et d’épée.

Pour résumer, admirable, une cathédrale est médiévale et barbare un châtiment est moyenâgeux.

 

Coincée entre une Antiquité synonyme de perfection et une Renaissance qui entend renouer avec elle, la période se doit d’être rabaissée et assimilée à des âges obscurs. Mais tout ce qui s’est passé entre 476 et 1453 mérite-t-il cette indignité. ? Le gothique donne déjà un élément d’une réponse que nous esquisserons demain.

 

Foi d’incroyant…

Patrice Louis

 

 

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