Echafauder un échafaudage

pour démonter un échafaudage

C’est l’intervention la plus spectaculaire vers la renaissance de Notre-Dame de Paris…

Le démontage de l’échafaudage installé pour la restauration de la flèche a commencé cette semaine.

 

Cette opération de démontage très délicate est prévue en plusieurs étapes que le préfet de la Région Île-de-France a détaillé dans son état des lieux publié il y a huit jours.

« – la purge du dernier niveau de l’échafaudage par des cordistes. L’objectif à ce niveau est le retrait des bois en suspension et du matériel d’échafaudage stocké sur et dans ce dernier ;

– le montage, niveau par niveau, d’un échafaudage en plus de celui existant, lequel reposera sur les 4 piles de la croisée et un principe de poutres treillis. L’ensemble sera triangulé par des poutraisons carrées ;

– la dépose par des cordistes, depuis une nacelle, du dernier niveau d’échafaudage sur environ 2 mètres ;

– la rehausse des échafaudages des pignons, la mise en place des poutres équipées des installations de sécurité pour les cordistes ;

– la dépose de l’échafaudage, travée par travée, depuis le centre vers l’extérieur ;

– la purge et le découpage des excédents débordant de la structure périmétrique intérieure ; – la mise en place de poutres triangulées intérieures au niveau des clés de voûte de l’échafaudage incendié et création d’une liaison transversale entre ces poutres (treillis et carré).

L’objectif est, à chaque étape, de sécuriser et de renforcer la structure de l’échafaudage en vue de pallier tout risque d’effondrement. À chaque nouvelle étape, les temps d’exécution seront réévalués afin d’affiner le planning du démontage, l’objectif visé étant un achèvement au printemps 2020. »

 

Cette structure métallique d’un poids finalement estimé à trois cents tonnes avait été posé par l’entreprise. La même s’attaque désormais à sa dépose.

 

Didier Cuiset, son directeur, s’est confié à L’Usine Nouvelle.

Comment se passe une journée sur le chantier pour un ouvrier d’Europe Echafaudage ?

Didier Cuiset.- Tous les matins, nous avons un point sécuritaire avec les hommes. Nous en avons 25 sur le chantier. On leur rappelle les règles de sécurité.

Tous les matins, même s’ils connaissent les procédures ?

Oui, cela fait partie des habitudes propres à notre entreprise. On a même pris un SPS (coordonnateur en matière de sécurité et de protection de la santé, ndlr). A partir de là, les tâches sont distribuées à la demande de la maîtrise d’œuvre avec laquelle on se concerte le matin.

Parfois au jour le jour ?

Oui, cela peut être une décision prise en réunion d’urgence le matin.

Justement que reste-t-il à faire en urgence ?

Il faut commencer par renforcer l’échafaudage incendié. On a déjà commencé.

(Des tubes de métal pendent dans le vide laissé par l’effondrement de la flèche)

Tout l’échafaudage va être démonté ?

Oui, on en refera un neuf. On ne peut pas savoir quelle partie a chauffé avec l’incendie. A partir de là, tout va à la poubelle.

En quoi cette étape constitue-t-elle un risque pour la cathédrale ?  

On va procéder par poutraison. Des poutres de métal vont venir ceinturer l’échafaudage sur trois niveaux pour le renforcer. Nous avons posé la première mardi 3 décembre. Il y a deux risques majeurs : un effondrement par le bas, au niveau des pieds, et par le haut, au niveau de la clef de voûte, où des morceaux calcinés de l’ancien échafaudage, abîmé par la chute de la flèche, « pendent « .

 

Cette partie de l’installation s’appuie sur quatre pieds distants de 28 mètres et enjambe la croisée de transept de Notre-Dame sans jamais reposer dessus. C’est ce que l’on appelle un « tablier ». Il devait servir de base pour monter le reste de l’échafaudage jusqu’au sommet de la flèche. C’est le même principe que pour la Tour Eiffel. Nous allons construire un nouvel échafaudage qui entourera l’ancien et surplombera la zone. Il permettra à des cordistes, suspendus à des poutres, de procéder à la découpe des parties soudées entre elles par l’incendie. Ce sera l’étape la plus minutieuse de la dépose… Car cette portion, réalisée en porte à faux pour encercler la base de la flèche de l’échafaudage, est celle qui a souffert le plus de la chaleur. Ce sera l’entreprise Jarnias qui s’occupera de ces travaux de voltige, nous lui indiquerons ce qu’il faut couper ou non. Tout le reste de la structure sera démonté par nos équipes à l’aide d’une grue à tour de nacelles et d’un palonnier fabriqué sur mesure.

C’est la première fois que vous avez à mener une telle opération ?

Oui, et je crois même que c’est une première mondiale. L’échafaudage entier pèse 300 tonnes, dont 200 pour la partie incendiée. Monter un nouvel échafaudage pour démonter l’ancien… On se serait bien passé d’une telle innovation ! C’est l’étape la plus périlleuse depuis le début du chantier.

Quelles sont les contraintes liées à la pollution au plomb sur le chantier ?

Pour nos salariés, ce sont plusieurs douches de décontamination par jour, des masques sur certaines zones. Ces procédures peuvent nous prendre une demi-journée de travail. Pour cela que je tiens à leur tirer mon chapeau. Personne ne se plaint, ils gardent leur sourire et sont motivés comme au premier jour malgré tout ce qu’ils ont dû endurer.

Avec tous ces défis, vous pensez que le délai de cinq ans est tenable ?

On a une estimation pour notre partie des travaux. Elle est calculée dans des conditions de travail optimales. Avec 40 km/h de vent, les grues et les nacelles sont à l’arrêt. Tous les travaux de consolidation de la structure ont été réalisés à la demande de Monsieur Villeneuve (architecte en chef de Notre-Dame, ndlr). Par ailleurs, il nous faut des autorisations de la préfecture pour bloquer des rues, où se trouvent des commerces déjà bien touchés par le chantier. Le renforcement de l’échafaudage a commencé, on va essayer de boucler cette étape pour le mois de janvier, puis on attaquera la dépose de l’échafaudage, qu’on devrait terminer au printemps. La reconstruction pourra alors débuter. »

 

Impressionnant.

 

Foi d’incroyant…

Patrice Louis

 

 

 

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