Un vendredi à Chartres

Une étrange agitation anime la nef de la cathédrale beauceronne le vendredi matin du Carême à la Toussaint.

Un groupe de femmes et d’hommes — dames patronnesses et paroissiens autour d’un bedeau ? — déplace les chaises entre les troisième et quatrième travées. Ils révèlent ainsi le labyrinthe du pavement.

(Photo DR)

Peu à peu, des fidèles y pénètrent…

Certains  se déchaussent et pérégrinent pieds nus.

((Photos PL)

Ce chemin initiatique est voulu dès l’origine par le chapitre de Notre-Dame de Chartres. Ce collège de prêtres en commandite la construction vers l’an 1200. À leurs yeux, c’est un puissant symbole : « Pour celui que guide la foi, l’enjeu du labyrinthe est de s’ouvrir progressivement au Christ avant de s’avancer vers son autel, à l’amour qu’il donne et à une espérance qui surpasserait les difficultés. L’occasion est donnée de ressentir ses failles – les abandons et pardons nécessaires pour avancer. L’essentiel est de méditer avec lui le passage de la mort à la vie – éternelle. » (cathedrale-chartres.org)

Avec ses 12,88 m de diamètre, il est le plus grand construit dans une église. Son cheminement se parcourt sur 261,55 m de l’extérieur vers l’intérieur. Que l’on parte du centre ou de l’extérieur, le chemin parcouru présente exactement le même enchaînement de tournants et d’arcs de cercle. La démarche du labyrinthe ne consiste pas seulement à aller jusqu’au centre, mais à en ressortir. Comme l’écrit joliment chartressecrets.org, son « chemin circulaire [est] facile à suivre, ondulant et spiralant, à la fois menant au centre et partant du centre. » 

Sans céder à l’ésotérisme, la géométrie des bâtisseurs ne doit rien au hasard. Ainsi, si l’on « projette » la façade sur le pavement, le centre de la rosace — où apparaît le Christ en majesté — correspond au centre du labyrinthe ; et si l’on relie le centre du labyrinthe aux statues centrales des portails et à l’emplacement de l’ancien autel, le carré qui se dessine rappelle celui qui sert de schéma directeur au plan de la cathédrale.

Tant de secrets à découvrir ! J’aurais d’ailleurs mille raisons de revenir à ce thème né de la mythologie grecque. L’architecte Dédale construit un labyrinthe pour y enfermer un monstre — le Minotaure — qui s’y nourrit des enfants d’Athènes. Thésée, vainqueur du monstre, parvient à s’en extraire grâce au fil d’Ariane.

Devenu symbole catholique, le labyrinthe propose ses tracés complexes dans d’autres — d’Amiens à Saint-Quentin en passant par Reims… J’aspire à vous y mener. J’ai moi-même parcouru celui d’Amiens et l’ai filmé. Je ne manquerai pas de vous le montrer.

Foi d’incroyant…

Patrice Louis

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