La cathédrale du Moulin Rouge

 

Ne cherchez pas de diocèse à ce nom… Il n’y a pas davantage d’édifice religieux à tours ainsi appelé, mais une réplique de machine à moudre avec des ailes.

Direction le boulevard de Clichy, au pied de la butte Montmartre.

 

Que trouve-t-on de cathédralesque dans ce temple parisien des plaisirs émoustillants ? Un tableau des danseuses dénudées !

Né au Moulin Rouge, le French Cancan s’inspire du « Quadrille » ou « Chahut ». Les filles portent jupon à froufrous, bas noirs jarretière et culotte fendue.

Elles exécutent des grands écarts et lèvent la jambe sur un rythme endiablé. Il faudrait y voir un geste d’émancipation féminine et une bravade de la Belle Époque à une société guindée et corsetée. Issues du peuple, rebelles et insolentes, les danseuses ne mènent-elles pas seules, sans être ni accompagnées ni guidées par un homme ? Grâce à l’argent gagné, les artistes du French Cancan ne conquièrent-elles pas leur indépendance. Bref, le cancan endiablé contre le carcan puritain.

 

Gambettes toujours plus verticales, les danseuses lancent aussi de provocants pieds de nez contre les institutions.

Parmi eux, la « cathédrale ». Pour choquer les religieux en soutane, elles dessinent avec leur corps l’édifice catholique et ses tours.

 

Voyez ce qu’en dit Janet Pharaoh. Ancienne danseuse de French Cancan elle -même, cette Anglaise de Leeds d’1,80 m est l’actuelle directrice artistique du Moulin Rouge. Elle s’exprimait dans Des racines et des ailes, magazine de France 2, le 18 septembre 2019 : « Les figures de Cancan ont commencé sur les barricades. Certaines sont emblématiques. Par exemple, « la Cathédrale », c’est pour se moquer de l’Église. Il y a deux versions, en long tunnel, ça fait l’entrée des cathédrales, c’est évident ».

Démonstration :

 

Sur cette photo-là, le porche et la nef apparaissent clairement !

 

Retrouvons Miss Pharaoh : « Il y a aussi une autre version, au milieu, qui fait les tours. »

 

Il existe aussi une série de battements exécutés de profil appelée « les cloches ».

 

L’institution religieuse n’est pas seule dans le collimateur du Moulin Rouge. Il y a aussi l’Armée avec les figures baptisées « mitraillette », « salut militaire » ou « port d’armes », toutes exécutées avec une jambe dressée.

Pour couronner le tout, la posture emblématique où les dames narguent leur public en lui présentant leur postérieur, le « coup de cul » !

 

Fin de la série des cathédrales qui n’en sont pas.

 

Foi d’incroyant…

Patrice Louis

 

 

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