Le livre-cathédrale de Marcel Proust

 

Les cathédrales fascinent Proust…

 

À la fin du Temps retrouvé, le Héros compare son projet de livre à une cathédrale. Il évoque un écrivain qui « devrait préparer son livre minutieusement, avec de perpétuels regroupements de forces, comme une offensive, le supporter comme une fatigue, l’accepter comme une règle, le construire comme une église, le suivre comme un régime, le vaincre comme un obstacle, le conquérir comme une amitié, le suralimenter comme un enfant, le créer comme un monde, sans laisser de côté ces mystères qui n’ont probablement leur explication que dans d’autres mondes et dont le pressentiment est ce qui nous émeut le plus dans la vie et dans l’art. Et dans ces grands livres-là, il y a des parties qui n’ont eu le temps que d’être esquissées, et qui ne seront sans doute jamais finies, à cause de l’ampleur même du plan de l’architecte. Combien de grandes cathédrales restent inachevées ! Longtemps, un tel livre, on le nourrit, on fortifie ses parties faibles, on le préserve, mais ensuite c’est lui qui grandit, qui désigne notre tombe, la protège contre les rumeurs et quelque peu contre l’oubli. »

Et, quelques lignes plus bas : « je bâtirais mon livre, je n’ose pas dire ambitieusement comme une cathédrale, mais tout simplement comme une robe. »

 

L’idée lui tient tant à cœur que Proust a voulu nommer les parties d’À la recherche du temps perdu d’éléments de l’architecture des cathédrales, ainsi qu’il le révèle dans une lettre au comte Jean de Gaigneron, le 1er août 1919 : « Votre intelligence va si profond au cœur des choses que vous ne lisez pas seulement le livre imprimé que j’ai publié, mais le livre inconnu que j’aurais voulu écrire. Et quand vous me parlez de cathédrales, je ne peux pas ne pas être ému d’une intuition qui vous permet de deviner ce que je n’ai jamais dit à personne et que j’écris ici pour la première fois : ce que j’avais voulu donner à chaque partie de mon livre le titre : Porche I, Vitraux de l’abside, etc. pour répondre d’avance à la critique stupide qu’on me fait du manque de construction dans des livres où je vous monterai que le seul mérite est dans la solidité des moindres parties. J’ai renoncé tout de suite à ces titres d’architecture parce que je les trouvais trop prétentieux mais je suis touché que vous les retrouviez par une sorte de divination de l’intelligence. »

 

Marcel Proust cite cinquante-huit fois le mot « cathédrale » dans son grand œuvre. Il en nomme douze : Amiens, Bayeux, Beauvais, Bourges, Chartres, Coutances, Orléans, Paris, Reims, Rouen, Saint-Lô, et une à l’étranger, Florence. Citées, Vézelay est basilique et la Sainte-Chapelle chapelle palatiale.

 

Pour autant, l’écrivain, tout baptisé soit-il, ne se soucie guère de Dieu dans la Recherche, au grand dam de François Mauriac, son ami et collègue, catholique, qui se désolait que le Créateur en soit « terriblement absent ».

En revanche, il se préoccupe de l’avenir de ses maisons sur Terre. Décidément ! Dès le 16 août 1904, il signe dans Le Figaro un article mémorable : La mort des cathédrales.

 

Nous le (re)récouvrirons demain.

 

Foi d’incroyant…

Patrice Louis

 

 

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