Une belle querelle

 

Par quoi remplacer ces cinq cents tonnes de bois de chêne recouverts de deux cent cinquante tonnes de plomb ?

 

D’août 1859 à avril 2019, une flèche a dominé Notre-Dame de Paris, culminant à 93 m des pavés du parvis. Eugène Viollet-le-Duc l’a dessinée et l’a décidé. À l’ouvrage, le charpentier entrepreneur Auguste Bellu.

(Photo Charles Marville, vers 1862)

 

Ce n’était pas la première. Un autre élan vers le ciel a été construit au-dessus de la croisée du transept vers 1250. Cette flèche-là, de 78 m de haut, abritait des cloches.

Pontifical romain aux armes de Jean II de Mauléon, évêque de Comminges, enluminure de Noël Bellemare, entre 1525 et 1530, BnF

 

Seulement au fil des siècles, le vent l’a fragilisée et elle a dû être démontée entre 1786 et 1792.

(Notre-Dame sans flèche, vers 1855-58, Léon et Lévy, Roger-Viollet)

 

Avant de s’effondrer cette année, la flèche d’Eugène était surmontée d’un coq vert-de-gris recélant trois reliques : une parcelle de la Sainte Couronne d’épines, une relique de saint Denis et une de sainte Geneviève. La voilà transformée en « paratonnerre spirituel ».

 

Le ciel n’a donc pas fait tomber son feu sur la cathédrale mais il n’a pas empêché les flammes de monter de son toit.

 

Alors comment combler le vide ?

C’est là que la France montre au monde toutes les facettes de son génie querelleur (et c’est aussi pour ça qu’on l’aime !).

 

Le débat pour Notre-Dame est d’un grand classicisme.

Monument historique figé ou un édifice dynamique à bouger ? Faut-il restaurer ou créer ? Entre reconduire le passé et construire un avenir, le cœur balance.

 

Les termes du débat ont été exposés dès après l’Incendie. Le président de la République a souhaité « qu’une réflexion soit menée et qu’un geste architectural contemporain puisse être envisagé ». Il a même lancé que Notre-Dame pouvait sortir de sa guérison espérée « plus belle encore ». 

 

Le Premier ministre s’est, lui, interrogé : « Faut-il reconstruire une flèche ? À l’identique ? Adaptée aux techniques et aux enjeux de notre époque ? Un concours international d’architecture portant sur la reconstruction de la flèche de la cathédrale sera organisé. »

 

Depuis, on s’étripe joliment entre respectueux du patrimoine et volontaristes de l’architecture.

« Touche pas à ma flèche », exigent les uns, les orthodoxes, les traditionalistes.

« Allons-y franco », osent d’autres, les novateurs, les modernistes.

 

Nous détaillerons leurs projets demain et lundi. Les « starchitectes », notamment, y déchaînent leurs audaces.

 

D’ici là, laissons le dernier mot à Paul Valéry : « La véritable tradition dans les grandes choses n’est pas de refaire ce que les autres ont fait mais de retrouver l’esprit qui a fait ces choses et qui en ferait de toutes autres en d’autres temps. »

 

Pas mieux !

 

Foi d’incroyant…

Patrice Louis

 

 

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