Oust, Proust !

L’intérêt avec les passions jalouses, c’est qu’elles naissent sans état d’âme et sans égard pour les précédentes.

Mes décorticages d’À la recherche du temps perdu et mes pitreries sur la vie du proustiste ont cessé le 9 mai.

Cette fin, j’y ai commencé à y penser l’hiver dernier. Sans attendre la lassitude ni craindre la page blanche, il m’a paru malin de fixer l’échéance à la vieille d’un événement qui s’affirmait comme un printemps.

Pour être parfaitement honnête avec vous, je me rendais bien compte qu’original, mon blogue avait ses fidèles et que sa disparition risquait de décevoir — au diable la modestie.

En même temps, les marques d’intérêt étaient étiques. Je savais qu’il me fallait être compréhensif. J’avais été alerté : « Bienvenue dans le club de la grande solitude où les visiteurs entrent sans dire bonjour, se servent sans dire merci et s’en vont sans dire au revoir ».

À la longue, ça finit par gratter. Quand la démangeaison risque devenir agaçante, sachons tirer sa révérence.

Et puis, au fil du temps, Le fou de Proust a vu un quasi désert se peupler. Gare au trop plein des réseaux sociaux. Il était d’autant plus temps de quitter la scène proustienne que le centenaire du Goncourt allait donner lieu à de grands tralalas avec vedettes de la télé, raouts mondains pour « beau monde », mais aussi (merci Marcel) réjouissances populaires.

J’ai pesté des années contre l’indifférence, pour ne pas parler d’hostilité, à Illiers-Combray, pour ne pas me réjouir d’un réveil spectaculaire. J’ai été sincèrement heureux de voir se profiler et se développer des initiatives.

Que d’implication en amont, que de sollicitations, que d’appels à l’aide. [Là, j’avais prévu des exemples acerbes, noms à l’appui, mais je suis passé à autre chose…] Consulté par d’aucuns, j’ai présenté les uns aux autres et joué le jeu, toujours disponible, ravi que le fou de Proust présentât quelque utilité et se fisse l’écho de ce qui s’annonçait.

Las. Aucun des dévots n’a jugé intéressant de m’associer. Vite utilisé, vite oublié. Je ne cherchais pas la gratitude. Sans rien farder, je n’en ai pas vraiment souffert mais ça m’a un peu gratté.  

Alors, la décision de l’arrêt n’a plus fait de doute. La veille de la semaine annoncée avec force trompes, je me suis résolu à renoncer à serrer dans mes bras des êtres chers : Bernard Pivot, qui m’avait convié à « Bouillon de culture » pour mon premier livre ; Patrick Poivre d’Arvor, camarade d’école et ami fidèle ; Stéphane Bern que j’étais allé consulter à RTL pour étudier ce que notre voisinage Illiers-Combray/Thiron-Gardais pouvait entraîner et qui a eu la gentillesse, la veille de sa venue de s’assurer de ma présence — entre fous (du roi ou de Proust), naissent des affinités…

Plus que tout, ne pas serrer dans mes bras les Proustiennes et Proustiens que mon blogue m’avait permis de connaître a été un déchirement.

Tout soudain, les réactions sont venues, désolées. Que de mots gentils, que d’affections sincères, que d’assurances d’une fidélité jusqu’alors tue…

J’y ai été sensible, ému même, bouleversé parfois. Est-il déplacé de signaler une phrase d’une de mes habitués dont je n’aurais pas connu la belle et intelligente sensibilité sans Marcel Proust ? Alexandra a écrit : « Je regarde mélancolique toutes ces pages où aucun de nous ne trouva un moment pour laisser un mot. La gentillesse l’eut voulu, la courtoisie l’eut exigé. »

Il est des phrases dont on ne se remet pas de ne pas les avoir trouvées.

Mais tirons le rideau. La farce est jouée. Le rouvrir ? Oui. Il me fallait une étincelle. Elle a jailli là où nul ne l’attendait.

Si vous me suivez encore, nous en reparlons demain.

Parole de proustiste…

Patrice Louis

(Signature en extinction)

PS : J’ai 72 ans aujourd’hui. Bel âge pour embarquer dans une nouvelle aventure.

Une pensée sur “Oust, Proust !”

  1. Chèr Monsieur, laissez svp ouvert votre blog le foudeproust que j’ai melhereusement découvert trop tard. Votre blog c’ est » une cathédrale où chacun s’y promène dans le temps… » Merci

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