Cathédrales en flammes, le feuilleton

Feu du ciel ou brasier de l’enfer ? Folie des hommes ou phénomènes de la nature ? Crimes ou accidents ?

L’histoire est longue d’incendies qui ravagent ces édifices de la magnificence catholique. Il faudrait presque parler de tradition.

Aussi loin que remonte la volonté d’évêques rivalisent dans leur expression d’hommage de pierre et de verre à Dieu, de brûlants empêchements se sont dressés contre leur volonté.

Amiens, Chartres, Noyon, Strasbourg, Reims : chacune de ces « Notre-Dame » a affronté les ravages du feu. La première fois, c’était il y a huit siècles et la dernière, c’était au XXe.

Les destructions sont à l’image des ambitions, spectaculaires. A chaque fois, les bâtisseurs de cathédrales repartent de plus belle, pour faire encore plus admirable, encore plus près du Dieu du ciel.

Pour couronner le tout, l’incendie de Notre-Dame de Paris, en 2019 — l’Incendie avec un I majuscule — a comme parachevé le tableau… en attendant le prochain.

Mais il y eut aussi les flamboiements d’autres cathédrales françaises, autrement nommées : Bourges, Laon, Limoges, Metz, Rennes, Rouen, Senlis, Soissons, Toul, etc. Comment ne pas évoquer aussi Coventry et Dresde ? Il y en a à raconter et c’est l’objet de cette série.

Le gothique a connu plusieurs âges. Il est d’abord qualifié de primitif pour le XIIe siècle, puis de classique, de rayonnant encore, enfin de flamboyant au XVe et XVIe

Quel mot convient-il mieux à notre fléau que « flamboyant » ? De mauvais esprits se souviendraient que l’Église en connaît un brin côté bûchers et rappelleraient l’expression « du feu de Dieu ! ».

Nous ne sommes pas de cette engeance. C’est consumé de passion que nous nous jetons dans le brasier des cathédrales en nous souvenant d’une page de Notre-Dame de Paris de Victor Hugo :

*Tous les yeux s’étaient levés vers le haut de l’église. Ce qu’ils voyaient était extraordinaire. Sur le sommet de la galerie la plus élevée, plus haut que la rosace centrale, il y avait une grande flamme qui montait entre les deux clochers avec des tourbillons d’étincelles, une grande flamme désordonnée et furieuse dont le vent emportait par moments un lambeau dans la fumée. Au-dessous de cette flamme, au-dessous de la sombre balustrade à trèfles de braise, deux gouttières en gueules de monstres vomissaient sans relâche cette pluie ardente qui détachait son ruissellement argenté sur les ténèbres de la façade inférieure. À mesure qu’ils approchaient du sol, les deux jets de plomb liquide s’élargissaient en gerbes, comme l’eau qui jaillit des mille trous de l’arrosoir. Au-dessus de la flamme, les énormes tours, de chacune desquelles on voyait deux faces crues et tranchées, l’une toute noire, l’autre toute rouge, semblaient plus grandes encore de toute l’immensité de l’ombre qu’elles projetaient jusque dans le ciel. Leurs innombrables sculptures de diables et de dragons prenaient un aspect lugubre. La clarté inquiète de la flamme les faisait remuer à l’œil. Il y avait des guivres qui avaient l’air de rire, des gargouilles qu’on croyait entendre japper, des salamandres qui soufflaient dans le feu, des tarasques qui éternuaient dans la fumée. Et parmi ces monstres ainsi réveillés de leur sommeil de pierre par cette flamme, par ce bruit, il y en avait un qui marchait et qu’on voyait de temps en temps passer sur le front ardent du bûcher comme une chauve-souris devant une chandelle. Livre dixième, chapitre IV

Ajoutons-y l’illustration que ça inspire à Walt Disney dans Le Bossu de Notre-Dame.

Un dessin animé américain et un roman du XIXe siècle pour ouvrir le feuilleton « Cathédrales en flammes », moi ça me réjouit !

Demain, premier épisode : Noyon, dans l’Oise.

Foi d’incroyant…

Patrice Louis

2 pensées sur “Cathédrales en flammes, le feuilleton”

  1. Le temps de s’habituer….
    Sans vouloir être trop exigeant, pourriez-vous, cher Patrice, indiquer les pages des citations dans une édition ou une autre ( Pléiade, Livre de Poche….) ?

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *