Cathédrales en flammes

Chartres, Eure-et-Loir

(Photo PL)

 

Dès le règne de Childéric III, la cathédrale beauceronne rencontre des tracas… La première église de Chartres doit son nom de « cathédrale d’Aventin » à son premier évêque, qui vit vers 350.

Un incendie la détruit en 743. Les coupables : les troupes de Wisigoths du duc d’Aquitaine et de Vasconie, Hunald 1er. Contestant le roi mérovingien des Francs, il s’empare de la ville, la met à sac et brûle ce qui reste.

La cathédrale qui est rebâtie prend feu le 5 août 962. Elle est victime de la lutte entre le comte de Chartres, Thibault 1er, et le duc. De Normandie, Richard 1er, un. Viking. L’évêque Hardouin, ne survit que huit jours au désastre, mourant de douleur.

Une nouvelle cathédrale est érigée — la 4e si mes comptes sont bons. La foudre la frappe et elle est ravagée les 7 et 8 septembre 1020.

L’évêque Fulbert en élève une autre, en style roman, dont il subsiste la crypte et si la ville est presque entièrement détruite par un incendie, sa cathédrale est épargnée. L’accalmie ne dure qu’un temps puisque Chartres  est de nouveau la proie d’un incendie le 10 juin 1194. La cause n’est pas tranchée : soit un accident de chantier, soit un conflit entre les chanoines et l’évêque.

En réchappent les cryptes et les deux tours. Le portail occidental est conservé ainsi que les trois baies de vitraux qui le surplombent. Un autre vitrail, « Notre-Dame de la Belle Verrière », est aussi sauvé avant d’être remonté dans le déambulatoire.

(Photos PL)
(Photos PL)

L’heure a sonné de passer au gothique qui n’en a pas encore le nom. L’évêque, Renaud de Bar, relance les travaux à une vitesse vertigineuse : la nef est bâtie avant 1210 ; dès 1221, les chanoines s’installent dans leurs stalles ; en 1240, les vitraux sont réalisés et la consécration solennelle a lieu le 24 octobre 1260. La foudre va se taire plus de trois siècles.

À la Renaissance, nouveaux aménagements dont une flèche. Le 26 juillet 1506, le feu du ciel frappe le doigt de bois et de bronze qui surmonte la tour nord. Les chanoines chargent l’architecte Jehan de Beauce de reconstruire entièrement en pierre le « clocher Neuf » dans le style gothique flamboyant. La tâche est achevée en 1513. Fini les incendies, si l’on excepte les exactions de la Terreur qui a converti l’église catholique en temple de lac Raison : vitraux détruits ; plomb de la couverture fondu pour fabriquer des balles de fusil ; fondues aussi l’orfèvrerie et l’argenterie du trésor ; la statue de Notre-Dame-de-Sous-Terre livrée aux flammes. À part ça, tout va bien à Chartres. 

Et puis vint 1836.

L’incendie qui éclate le 4 juin est le 6e dont la chronique se souvienne. Ce jour-là, dans Notre-Dame de Chartres en rénovation, deux ouvriers effectuent des soudures dans les combles, dans les galeries de l’immense charpente. Ils ne se préoccupent pas de leur réchaud plein de charbon. Funeste distraction.

Vers 16 h 30, le vent, sans doute, jette une étincelle au milieu de ce qu’on appelle « la forêt ». Le feu jaillit que les travailleurs décident d’éteindre seuls. Vaine et dérisoire lutte. Ils n’ont pour arroser le feu que le vase nécessaire à leurs besoins et il est vide ! Un des ouvriers descend chez le sonneur au pied de Notre-Dame. Aidé d’un troisième, ils remontent armés chacun de deux seaux d’eau. Le carillonneur arrive en premier et la porte se referme derrière lui. Les autres sont contraints d’en emprunter une autre atteinte après de longs détours épuisants. Le feu, activé par un vent continuel et violent qui souffle de bas en haut par les ouvertures, s’élève à plusieurs mètres. Il est 17 h 30.

Les flammes grandissent encore et encore. À 18 h 20, le beffroi sonne le tocsin. Le clergé évacue de l’église les reliques, les ornements liturgiques et les tableaux. Des colonnes de feu de 15 m de haut s’engouffrent dans les deux flèches, tandis que l’incendie embrase également la charpente de bois. Les gargouilles crachent du plomb fondu. Les Chartrains voient avec effroi leur joyau gothique dévasté par les flammes dans une fumée épaisse, à la teinte jaunâtre, sulfureuse et plombée.

(François Pernot)
(Charles Fournier-Désormes)

Il n’y a ni eau ni pompe à proximité. Les pompiers grimpent sur le toit. Ils sont accompagnés par le préfet d’Eure-et-Loir, Gabriel Delessert, et par des citoyens bénévoles. Au péril de leurs vie, ils se battent dans un bruit d’enfer où le vent rugit comme un ouragan.

Des ouvertures sont pratiquées à la hache dans la toiture pour que les secours puissent pénétrer dans l’intérieur de la charpente. Une petite pompe volante, est expédiée dans l’escalier mais ne parvient pas à la galerie. En bas, des chaînes s’organisent et des pompes entrent en action.

Avec des renforts des environs, venus de Morancez, Dammarie, Sours, Thivars, Fontaine, Saint-Piat, Jouy et Illiers, les sapeurs-pompiers sauvent l’intérieur du monument, mais pas les combles complètement dévastés. Au bout de la nuit, les sauveteurs viennent à bout du sinistre.

Les toitures des maisons voisines de l’église sont garnies de couvertures mouillées et continuellement arrosées. Des pompiers armés de haches et munis de seaux à incendie sont en observation sur les toits et dans les gouttières, en même temps que les propriétaires eux-mêmes, secondés de travailleurs, ramassent et éteignent les charbons qui tombent continûment.

Quand le jour se lève, le 5, la structure générale de la cathédrale est sauvée mais décapitée. La charpente de bois n’est plus que cendre et la toiture de plomb s’est liquéfiée.

(Dessin Paul Durand)

De tous les héros qui se sont porté volontaires au secours de la cathédrale, certains recevront une médaille du roi Louis-Philippe remise par le préfet Delessert, dont Victoire-Pauline Coeffé, « qui n’a pas quitté un instant le théâtre de l’incendie où elle a rendu de très grands services ».

Pour rebâtir Notre-Dame, l’évêché lance une souscription. Des crédits d’État sont débloqués. La Chambre des députés nomme une commission pour aviser aux moyens de parer à un si grand désastre. Adelphe Chasles, député du département, en est le rapporteur et une loi ouvre au ministre des Cultes un premier crédit de 400 000 F., suivi d’un second de 750 000 F.

Victor Hugo, lui-même, stupéfié par la beauté du monument et anéanti par sa destruction partielle, lance un appel aux dons. Le chantier débute en 1839 et, après deux ans de travaux, une nouvelle toiture en cuivre — toujours en place — coiffe les murs de la vieille dame millénaire.

En 2109, selon le colonel Jean-François Gouy, directeur du Service départemental d’incendie et de secours d’Eure-et-Loir (Sdis 28), cité par l’Echo républicain, l’incendie qui a défiguré Notre-Dame de Paris ne se produirait pas chez sa sœur eurélienne : « La cathédrale de Chartres dispose, en effet, d’une charpente métallique et sa couverture est en cuivre. Il y a donc moins de matériaux combustibles. » Sur le terrain, des vérifications des installations sont régulièrement effectuées par les professionnels. En effet, des colonnes sèches sont disposées au nord, au sud et à l’est de la cathédrale. Elles permettent de redistribuer l’eau dans les différents niveaux. Les pompiers sont également informés des différents points d’eau auxquels ils peuvent se relier. « Nous n’avons pas de bateau pompe, mais le réseau est conséquent », assure le colonel Gouy.

Modernes anges gardiens, les pompiers veillent.

Demain, Strasbourg, dans le Bas-Rhin.

Foi d’incroyant…

Patrice Louis

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