Comme une évidence

Je ne crois pas aux signes, mais mon cheminement vers la cathédrale de Paris et ses sœurs m’apparaît tracé. Je n’ai plus qu’à y mettre mes pas.

Réglons d’emblée un point (contingent) : Je ne crois pas en Dieu et ne suis pas à la recherche de la foi perdue.

Seulement, j’ai toujours aimé les églises. Autant les synagogues et les mosquées me sont inconnues — question de culture, (mais je me suis assis dans des temples maçonniques), autant les lieux de culte catholiques me sont familiers. Je passe rarement devant sans y pénétrer. J’ai toujours aimé l’accueil qu’ils offrent.

De fait, la proximité de la cathédrale de Chartres a joué un rôle pas négligeable dans mon choix de venir vivre à Illiers-Combray. J’ai rarement fait le trajet de mon patelin proustien jusqu’à ma capitale beauceronne sans aller prendre le bon du jour à l’intérieur de cette Notre-Dame-là.

Riche des deux mille cinq cents personnages de la Recherche, j’ai souvent rêvé aux neuf mille représentés dans la cathédrale, de pierre et de verre. J’en avais même « adopté » un, un gisant blanc dans un vitrail d’une absidiole (quel mot charmant !), une des chapelles absidiales derrière l’autel.

Une église peut être impressionnante, elle n’est jamais intimidante. On y entre « comme dans un moulin ». L’atmosphère y est sereine, la circulation libre, les sièges vous invitent à vous y poser, la fraîcheur aux saisons chaudes et la chaleur quand le froid vous saisit dehors y sont bienvenues. Il faut juste s’y tenir correctement, mais cette retenue est intuitivement acceptée — hors les pilleurs de troncs et les porteurs de tongs.

Rien n’oblige à croire ou à prier, pas même à se recueillir ni davantage à réfléchir. Aucun brevet n’est exigé, aucun certificat (de baptême) n’est à présenter. Les églises, c’est une certaine permanence, à travers les siècles, malgré les régimes ou grâce à eux. Avec elles, le temps suspend son vol.

Cette familiarité côtoie de vastes questions, la foi, la transcendance, le sacré, le mysticisme, la spiritualité, la méditation. Qu’est-ce que l’âme ? La perfection est-elle de ce monde ? Et Dieu dans tout ça ! 

Ces thèmes sont bien trop grands pour moi. Promis : point trop d’introspection à l’horizon. L’hypothèse est improbable d’une révélation au pied d’un pilier et je compte bien opposer toujours la raison à la religion.

Si Dieu existe, il ne me l’a pas fait savoir et je me débrouille sans lui.

Je pourrais avancer quelques brevets estampillés : filleul d’aumônier militaire, j’ai été baptisé à Notre-Dame–des-Champs à Paris.

J’ai fait ma première communion à Notre-Dame de Versailles (nous habitions à dans le quartier de la rue de la Paroisse) après une retraite chez les Sœurs auxiliatrices, ai enchaîné avec une communion solennelle en aube blanche à Saint-Pierre-de-Neuilly.

J’en ai gardé l’aube et le cordon.

Je suis allé à la messe dominicale jusqu’à l’adolescence, me suis marié à Saint-Ferdinand-des-Ternes (avec Jean-François Kahn en témoin à l’église) et mes cinq prénoms donnent du travail aux employés chargés de noter mon identité : comme mes sept frères et sœurs, je m’appelle Marie Joseph (quatrième et cinquième positions après Patrice, René et Xavier (mon oncle et parrain curé).

J’ai toujours mon missel (en latin et français), des images pieuses et ma croix de lycéen — je me souviens que l’aumônier s’appelait Xavier de Chalendar et que l’aumônerie était avenue du Roule.

La différence, c’est qu’aujourd’hui, dans les églises, je ne m’agenouille plus.

Foi d’incroyant…

Patrice Louis

(Signature naissante)

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