Par où commencer ?

Notre-Dame de Paris ! Le sujet est si vaste… S’il faut se lancer, autant partir d’un endroit qui fait sens et remarquons que tous les chemins partent de la cathédrale de la Capitale.

En France (mais pas seulement), les distances routières sont calculées sur un « point zéro ». Centre du pays, Paris situe ce kilomètre zéro au centre du parvis de Notre-Dame. Il est marqué au sol d’une plaque de bronze avec, en son centre, une rose des vents.

Tout commence sous le Bien-Aimé Louis XV.

« Au mois d’avril 1768, le chapitre de Notre-Dame de Paris a fait placer dans son parvis, au pied de la tour septentrionale de son église, une pierre triangulaire, du milieu de laquelle sort un poteau chargé de ses armes. C’est de là, comme d’un centre commun, que l’on commencera à compter les distances que l’on a dessein de marquer sur toutes les routes du royaume. » Ainsi écrit l’abbé Expilly, à peine deux ans plus tard dans son Dictionnaire géographique, historique et politique des Gaules et de la France.

Entre temps, des lettres patentes du 22 avril 1769, prévoient la formation d’une place circulaire de quinze toises de diamètre (29,23 m) à l’extrémité orientale de la rue Neuve Notre-Dame. Au centre et au niveau du pavé devrait être placé un signe gravé sur marbre marquant le point de départ des « milles » divisant les routes de France, d’où le nom de « place du 1er Mille » attribué à ce carrefour.

La mesure n’est pas suivie d’effet et seul le poteau du chapitre signale ce point zéro. En 1786, Louis XVI ordonne, par lettre royale, la matérialisation du symbole par une borne.

La plaque actuelle est posée en 1924. Des générations d’automobilistes qui ont entamé un voyage à Paris ignoraient sans doute que le kilométrage des routes empruntées trouvait sa source sur un parvis de l’Île de la Cité. On songe en particulier à la Nationale 7 qui filait vers la Côte d’Azur, avec Menton en terminus. 

Selon la légende, marcher sur le point zéro assure de ramener à Paris.

Me vient à l’esprit une expression un peu désuète qui marque aussi la centralité des édifices religieux sous nos cieux : remettre l’église au milieu du village.

Elle a plusieurs interprétations.

En Suisse : donner les précisions les plus détaillées, expliquer fermement quelque chose à quelqu’un qui ne peut ou ne veut comprendre.

En Belgique : pacifier, ramener la sérénité, remettre de l’ordre.

En Alsace : Dos d’Kerich em Dorf bliet se traduit Afin que les convenances soient respectées.

Par extension, c’est choisir des priorités, revenir aux fondamentaux, exalter la tradition. Quoi de plus classique en effet qu’une cité dont les maisons sont bâties autour de l’église protectrice ?

Marcel Proust l’a illustré si joliment à propos de Combray, village français : « ce n’était qu’une église résumant la ville, la représentant, parlant d’elle et pour elle aux lointains, et, quand on s’approchait, tenant serrés autour de sa haute mante sombre, en plein champ, contre le vent, comme une pastoure ses brebis, les dos laineux et gris des maisons rassemblées qu’un reste de remparts du Moyen Âge cernait cà et là d’un trait aussi parfaitement circulaire qu’une petite ville dans un tableau primitif. » 

Oui, pardon, il peut rester des traces du fou de Proust chez le fou de Notre-Dame.

Foi d’incroyant…

Patrice Louis

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