C’était il y a trois mois (6)

 L’Incendie, le jour d’après

 

(Photo Gigarama.ru)

J + 1, mardi 16 avril… Le soleil se lève sur Notre-Dame décapitée et amputée. Sa toiture a brûlé et sa flèche s’est effondrée mais elle dresse fièrement ses tours.

L’île de la Cité est toujours coupée du monde — accès interdit. Vers 7 h, un arc-en-ciel se dessine au-dessus de la cathédrale.

 

L’intérieur de Notre-Dame est coloré de sombre et gris.

(Photo AFP)

 

Partout, le maître-mot est solidarité. — chez les humbles et les puissants. Le jour s’annonce comme celui de la cagnotte des dons — dès la veille au soir, des appels à la quête de sous sont lancés. François Pinault frappe fort. Avec sa famille, le patron milliardaire promet 100 millions d’euros.

Combien de temps va-t-il falloir à son rival permanent, Bernard Arnault, pour sortir son portefeuille ? Pas beaucoup ! A Kering, le boss de LVMH devancé réplique avec 200 millions. Dans la journée, son fils Antoine et sa bru Natalia Vodianova ont droit à une visite privée dans l’édifice dévasté et se recueillir. Le couple est accueilli par le recteur, Mgr Chauvet. L’hebdomadaire Challenges, qui livre l’info dans sa chronique Les Bruits du village, évoque « un ticket d’entrée assez élevé… »

Une course à l’échalote — d’or et de rubis, tout de même — est lancée. L’Oréal, Total, Bouygues. Chacun donne à la quête ! 24 heures après le drame, près d’un milliard d’euros sont enregistrés. Si les grandes fortunes de France offrent très vite de grosses sommes, les particuliers ne manquent pas à l’appel. Le Vatican, lui, se fend de 20 000 euros.

 

Le coq n’a pas grillé ! Il est cabossé mais vraisemblablement réparable.

Le gallinacé jouant à la girouette à 93 mètres du sol a été entraîné dans la chute de la flèche. Roulant du bon côté, il a échappé au brasier. Un des restaurateurs chargés de fouiller les décombres a fait l’heureuse découverte au sol sous un arc-boutant.

 

Sauvé, le volatile métallique est recueilli par Philippe Villeneuve, l’architecte tatoué.

 

Le saint contenu de son estomac est également préservé : une des soixante-dix épines de la Sainte Couronne du Christ, une relique de Saint Denis et une de Sainte Geneviève. Placés là en 1935 par l’archevêque de Paris, leur rôle était de servir de « paratonnerre spirituel » afin de protéger les fidèles de la cathédrale mais aussi les Parisiens.

 

Il faut anticiper. Les spécialistes dépêchés par le ministère de la Culture, reconnaissables à leur casque blanc, pensent « consolider, stabiliser, sécuriser ». L’idée d’un parapluie géant pour protéger des intempéries prend forme.

 

Deux statues extérieures sont sciées et évacuées par les airs. Juchées sur des piliers, elles menaçaient de s’effondrer.

 

9 h 57 — Une souveraine concernée s’exprime, la grande-duchesse de Luxembourg. Dans un touitte à l’en-tête Cour Grand-Ducale, Maria Teresa adresse « tout son soutien » et précise dans sa signature qu’elle est « marraine du bourdon Marie » de la cathédrale.

 

12 h – Xi Jinping, il y a peu en France, adresse un message de « condoléances » à Emmanuel Macron. « Cet édifice est un symbole important de la civilisation française et également un grand trésor de la civilisation humaine. »

 

13 h — Sur France 2, Jack Lang veut aller vite. « Trois ans, trois ans et demi, estime l’ancien ministre de la Culture. Je ne comprends pas qu’on puisse dire : “Il faut des décennies“. Et pourquoi pas des siècles ou des millénaires ! C’est inacceptable. »

Le mitterrandolâtre éternel se fait épingler pour un selfie pris la veille sur la terrasse de l’Institut du Monde arabe qu’il préside.

 

Dans l’après-midi, Emmanuel Macron passe un coup de fil à Saint-Pierre de Rome. Le pape François appelle à la « mobilisation de tous » pour que l’église meurtrie redevienne « le joyau architectural d’une mémoire collective ».

 

Donald Trump n’en rate décidément aucune. A 18   h 14, il touitte à propos de la conversation qu’il a eu avec « @Pontifex Francis ». Il lui présente ses « condoléances » et offre l’aide de ses « meilleurs experts en construction et rénovation », comme si la cathédrale parisienne était propriété du souverain pontife !

En attendant de s’exprimer à la télé, le président français peste contre les fuites de son discours non diffusé de la veille. Son texte circule parmi les journalistes politiques. À la mi-journée, RTL dévoile les grandes lignes du texte avorté. L’AFP suit en révélant la totalité des mesures d’après grand débat.

Emmanuel Macron se présente à 20 h à la télé. Une adresse à la Nation de 5 minutes et 45 secondes.

« Françaises, Français,

Mes chers compatriotes, l’incendie de Notre-Dame de Paris a profondément atteint dans leur esprit, dans leur cœur les Parisiens, les Français et le monde entier.

Cette nuit, nous sommes entrés dans cette cathédrale qui est celle de tout un peuple et de son histoire millénaire. Le feu venait d’être vaincu à peine. Les pompiers avaient arrêté l’incendie en prenant les risques les plus extrêmes et ils étaient là, autour de nous, avec leurs chefs, explorant les toitures dévastées. Ils avaient 20 ou 25 ans et venaient de tous les endroits de France, de tous les milieux mais ce que nous avons vu cette nuit ensemble à Paris c’est cette capacité de nous mobiliser, nous unir pour vaincre. Au cours de notre histoire, nous avons bâti des villes, des ports, des églises. Beaucoup ont brûlé ou ont été détruites par les guerres, les révolutions ou les fautes des hommes. A chaque fois, à chaque fois, nous les avons reconstruites.

L’incendie de Notre-Dame nous rappelle que notre histoire ne s’arrête jamais, jamais et que nous aurons toujours des épreuves à surmonter et que ce que nous croyons, en quelque sorte, indestructible peut aussi être atteint. Tout ce qui fait la France matérielle et spirituelle est vivant et, pour cette raison même, est fragile et nous ne devons pas l’oublier. Et c’est à nous les Françaises et les Français d’aujourd’hui qu’il revient d’assurer au long du temps cette grande continuité qui fait la nation française et c’est pour cela que ce soir je voulais de manière directe m’adresser à vous parce que c’est notre devoir aujourd’hui et c’est celui qu’il nous faut avoir en tête, rien de moins.

Je reviendrai vers vous comme je m’y étais engagé dans les jours prochains pour que nous puissions agir collectivement suite à notre grand débat mais ça n’est pas le temps aujourd’hui. Demain la politique et ses tumultes reprendront leur droit, nous le savons tous, mais le moment n’est pas encore venu. Souvenons-nous plutôt de ces dernières heures. Hier soir, cette nuit, ce matin, chacun a donné ce qu’il avait. Les pompiers ont combattu au péril de leur vie avec héroïsme. Les policiers, les soignants étaient là, comme à chaque fois. Les Parisiens se sont réconfortés. Les Français ont tremblé, émus. Les étrangers ont pleuré. Les journalistes ont écrit, les écrivains ont rêvé, les photographes ont montré au monde ces images terribles. Des riches comme des moins riches ont donné de l’argent. Au fond, chacun a donné ce qu’il a pu, chacun à sa place, chacun dans son rôle, et je vous le dis ce soir avec force nous sommes ce peuple de bâtisseurs. Nous avons tant à reconstruire. Alors oui, nous rebâtirons la cathédrale Notre-Dame plus belle encore, et je veux que cela soit achevé d’ici cinq années. Nous le pouvons, et là aussi, nous mobiliserons. Après le temps de l’épreuve viendra celui de la réflexion, puis celui de l’action, mais ne les mélangeons pas.

Ne nous laissons pas prendre au piège de la hâte.

J’entends, comme vous, je sais toutes les pressions. Je sais, en quelque sorte, l’espèce de fausse impatience qui voudrait qu’il faille réagir à chaque instant, pouvoir dire les annonces qui étaient prévues à telle date, comme si être à la tête d’un pays n’était qu’administrer des choses, et pas être conscient de notre histoire, du temps des femmes et des hommes. Je crois très profondément qu’il nous revient de changer cette catastrophe en occasion de devenir tous ensemble, en ayant profondément réfléchi à ce que nous avons été et à ce que nous avons à être, devenir meilleurs que nous ne le sommes. Il nous revient de retrouver le fil de notre projet national, celui qui nous a fait, qui nous unit, un projet humain, passionnément français.

Françaises, Français et vous tous, étrangers qui aimez la France et qui aimez Paris, je veux vous dire ce soir que je partage votre douleur, mais je partage aussi votre espérance. Nous avons maintenant à faire. Nous agirons et nous réussirons. Vive la République et vive la France. »

 

Le discours présidentiel est regardé par 14,4 millions de téléspectateurs.

Le site internet de La Croix reçoit 375 000 visites. D’habitude, le quotidien catholique en a 220 000 par jour.

 

Le dimanche suivant, ce sera Pâques et l’occasion de faire cette photo (dont j’ai perdu la signature) entre angoisse face à la béance et confiance devant la lumière céleste qui baigne la nef.

Vers la résurrection.

 

Foi d’incroyant…

Patrice Louis

 

 

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