Bernard Dimey et Notre-Dame

 

Le bestiaire de Paris est une œuvre ambitieuse de Bernard Dimey (1931-1981). Suite de soixante-six quatrains en alexandrins, écrit en 1962, il passe en revue avec nostalgie les images d’Épinal d’un Paris populaire et bohème, pour déboucher sur une vision apocalyptique.

L’accompagnement musical est signé Francis Lai, qui l’interprète lui-même à l’accordéon quand l’auteur l’enregistre avec Magali Noël et Mouloudji, en 1974.

 

C’est à seize ans que le poète découvre Paris : « Je voulais aller à la messe à Notre-Dame, mais au lieu de descendre à la Cité, je suis descendu au Châtelet. Je me suis promené plusieurs heures dans les coins des Halles et du Châtelet. Les quais de la Seine étaient déserts, quelques pêcheurs, mais ce que je voulais voir, les bouquins, étaient enfermés dans les malles. J’ai regardé les sculptures de Notre Dame et j’ai remarqué à l’arrière, plusieurs statues que le vert de gris avait colorées et qui se dressaient comme de curieux fantômes. »

 

L’œuvre dure trente-deux minutes. Extraits :

Églises de Paris où vont pleurer les veuves

Afin que cinquante ans de péchés soient remis ;

Cathédrale debout retournée dans le fleuve,

Tant pis si le bon Dieu n’est plus de nos amis.

[…]

 

Paris s’est installé autour de Notre-Dame

Et s’est laissé grandir comme un péché mortel.

Vieux cœur phosphorescent où se brûlent les âmes

Des pèlerins massés ici comme un cheptel.

[…]

 

Des ventres décorés vont prier Notre-Dame

Car la méditation les aide à digérer,

Ils demandent à Dieu d’envoyer dans les flammes

Tous ceux qui n’aiment pas les flics et les curés.

[…]

 

Lorsque Paris sera réduit à quelques cendres,

À quelques mots gravés sur des plâtres noircis,

Jusqu’au portail d’enfer oserons-nous descendre ?

Nous qui cherchons, ce soir notre vie par ici…

 

Car ces temps-là viendront, bientôt sans aucun doute…

Lequel aura le temps de s’en apercevoir ?

Églises de Paris, écroulées presque toutes,

Vos ruines nous seront d’effrayants reposoirs.

[…]

 

https://www.youtube.com/watch?v=lbQsrD63la0&t=186s

 

Le bestiaire de Paris est enregistré une première fois en 1962 par Juliette Gréco et Pierre Brasseur.

 

Pittoresque.

 

Foi d’incroyant…

Patrice Louis

 

 

 

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