Toutes les cathédrales sont des Jérusalem célestes

 

Jésus est mort et ressuscité à Jérusalem. Ville trois fois sainte, la cité des monts de Judée donne son nom à la future cité idéale, celle d’après les temps finis.

 

Car, s’il est une Jérusalem terrestre, il en est une autre, qui nous attend, au ciel. C’est la Jérusalem céleste.

L’apôtre Paul de Tarse le dit dans l’Épître aux Galates : « La Jérusalem d’en haut est libre, et c’est notre mère ». 4,26 ; le même le répète aux Philippiens : « Notre cité se trouve dans les cieux », 3,20.

 

L’Épître aux Hébreux, non signé, préfigure l’avenir divin : « Vous vous êtes approchés de la montagne de Sion et de la cité du Dieu vivant, de la Jérusalem céleste et de myriades d’anges » 12,22

 

Qu’on l’appelle nouvelle, future ou céleste, elle accueillera, sublime, les élus de Dieu.

 

Jean, dans l’Apocalypse, la promet sur Terre : « Et je vis la Ville, la [Ville] sainte, la Jérusalem nouvelle, qui descendait du ciel, d’auprès de Dieu », 21,2. La vision de l’apocalypticien met un terme à l’ancien monde dans ce lieu parfait : plus de mer (21,1), plus de mort, de deuil, de cri et de souffrance (21,4), plus de Temple (21,22), ni de soleil ou de lune (21,23), les portes de la cité ne se ferment plus, plus de nuit (21,25), nulle souillure (21,27), plus de malédiction (22,3), plus de nuit, nul besoin de la lumière du soleil ou du flambeau (22,5).

 

Ainsi, le paradis n’est pas un jardin, mais une ville. Après l’Éden des débuts, la Jérusalem de la fin.

 

Mais, pourquoi attendre ? Bâtissons donc comme des avants-goûts du Paradis ! Telle est l’idée sous-jacente pour les commanditaires des cathédrales gothiques. Chacune serait une métaphore de la Jérusalem céleste, une « projection » terrestre de la cité divine. Initiateur de Notre-Dame de Paris, Maurice de Sully décide de remplacer l’ancienne basilique par un bâtiment dont la majesté et la splendeur doivent égaler, sinon dépasser, le Temple de Salomon ou la Jérusalem céleste.

 

Représentations au fil des siècles :

XIe s. L’Apocalypse de Bamberg, L’ange montre à Jean la Nouvelle Jérusalem, avec l’Agneau de Dieu au centre

 

1313, L’ange mesurant la Jérusalem Céleste, peinture sur papier, région mosane, RMN, BNF

 

XIVe s.,Tenture de l’Apocalypse, Angers

 

XVe s., Lambert de Saint-Omer, parchemin, Gand, RMN, Chantilly

 

1880 Image d’Epinal Pellerin, Marseille, MuCEM

 

Se peut-il qu’un édifice laïque veuille — et puisse — nourrir l’ambition de ressembler aussi à la « cité céleste » ? A la   Renaissance, François 1er l’a voulu et l’a bâti : Chambord.

Le sommet, détail (photo PL)

 

Le plus époustouflant château de la Loire se veut tel. Cet été, Le Monde a raconté « cet ovni architectural », le « plus énigmatique des châteaux royaux de France, au toit hérissé d’innombrables cheminées, telles des fusées pour l’au-delà ». L’architecte, ici, n’est pas Dieu. En fait, ils sont deux : le souverain français et son invité italien, Léonard de Vinci.

Pour ses cinq cents ans, Chambord présente actuellement l’exposition « L’utopie à l’œuvre » dont le commissaire, le philosophe Roland Schaer, rappelle qu’« à Chambord, le parcours est ascendant, l’escalier à vis grimpe au ciel. » (édition du 8 août).

Le cœur de l’escalier (photo PL)

 

La cathédrale de Chambord !

 

Foi d’incroyant…

Patrice Louis

 

 

 

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