La chevauchée de Leclerc

 

Des cathédrales en objectif ultime… De Napoléon à Leclerc, le but est sacré. Après les tours de Notre-Dame visées par l’ex-empereur parti de l’île d’Elbe (voir la chronique d’hier), c’est la flèche de Strasbourg que le général veut atteindre. 129 ans entre les deux équipées.

 

De noblesse chevaleresque, le comte Philippe de Hauteclocque (devise : On entend loing haulte clocque) est un brillant officier monarchiste et catholique.

 

En juin, il entend les appels du général de Gaulle. Un mois plus tard, il quitte sa femme et ses six enfants et rejoint l’Angleterre. À 38 ans, Philippe de Hauteclocque devient François Leclerc — un pseudonyme destiné à protéger sa famille de représailles. Au passage, de Gaulle le promeut chef d’escadron.

Débarquant en août au Cameroun, où le chef de la France libre l’a envoyé, le capitaine se proclame colonel — grade confirmé plus tard par son supérieur qui attribuera la promotion à un « enchantement » !

L’homme croit en son étoile et sait galvaniser ses troupes. C’est le début d’une longue marche victorieuse qui passe par El-Alamein, les plages de Normandie, Paris, pour s’achever au nid d’aigle du Führer, à Berchtesgaden. Mais en chemin, il y a un serment à honorer : libérer Strasbourg coûte que coûte.

Pendant la guerre, la ville s’est remise — pour la seconde fois en soixante-dix ans — à l’heure allemande. Plus rien n’y est français, sauf le cœur de nombreux habitants. La situation de l’Alsace est pire que dans le reste de la France. Elle est devenue une province annexée et non plus occupée par le Reich.

 

L’engagement de Leclerc est pris en 1941 en plein désert libyen. Pourquoi est-ce Strasbourg qu’il veut reprendre à Hitler ? Parce que la ville est la plus à l’Est de l’Hexagone ; que la libérer, c’est libérer la France ; qu’il est issu de la promotion 1923 portant les noms de « Metz et Strasbourg » et qu’il est né un 22 novembre, jour commémorant l’entrée des troupes françaises à Strasbourg en 1918. Il est des choses qui ne s’oublient pas.

 

C’est donc à Koufra, en mars, qu’il jure de ne déposer les armes que lorsque Strasbourg sera redevenue française.

Il s’adresse à ses trois cents hommes au garde à vous : « Jurez de ne déposer les armes que lorsque nos couleurs, nos belles couleurs, flotteront sur la cathédrale de Strasbourg. »

La colonne Leclerc ne dispose que d’un seul canon et s’appuie pour l’essentiel sur de méharistes et de tirailleurs tchadiens et camerounais mal équipés. Quant à la flèche de la cathédrale alsacienne, elle est si loin…

 

Pourtant, le 23 novembre 1944, à 7 h 15, le jour de ses 42 ans, Leclerc, devenu général, donne l’assaut avec sa division blindée, la 2e DB.

Trois heures plus tard, alors que la cathédrale est en vue, le spahi Maurice Lebrun, 23 ans, l’un des trois cents de Koufra, demande la permission d’aller « planter un drapeau là-haut ». Le jeune ingénieur, chef de char, se rue chez une commerçante, qui confectionne à la hâte un drapeau tricolore. Un bout de drap blanc, un pan de jupe bleue, mais pas de rouge, qui est finalement prélevé… sur un étendard nazi. En début d’après-midi, avec trois camarades, il grimpe au sommet de l’édifice mais continue seul l’escalade de la flèche, fouettée par un vent glacial. À 145 m de haut, le spahi accroche sur le paratonnerre le drapeau marqué de la croix de Lorraine, qui flotte fièrement sous les yeux de Leclerc.

 

Un obélisque dressé place Broglie (un  temps Hitlerplatz) commémore le serment de Koufra.

 

Strasbourg libérée, le général Leclerc glisse à son adjoint : « Maintenant, mon cher Louis, on peut crever ».

Il lui reste trois ans à vivre. Autorisé à se nommer Leclerc de Hauteclocque en 1945, par décret du 17 novembre 1945, il meurt en effet en 1947 dans un accident d’avion. Le héros est élevé à la dignité de maréchal de France à titre posthume.

 

Foi d’incroyant…

Patrice Louis

 

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